Interview folklore numéro 3
Lorenzo Palmieri, Président de la société de fantaisie « Les Bî-Contints »

Samedi 15 février 2004, soumonces en musique à La Louvière, édition 2004. C’est aussi la date d’une des deux soumonces (avec celle en batterie) auxquelles ne prennent pas part les « Bî-Contints ». Néanmoins, le comité de ce groupe ne reste pas inactif et une réunion est prévue entre le Trésorier, Mario Ranalli, le Président, Lorenzo Palmieri et le Président d’Honneur, Michel Campagna.

Nous sommes reçus au domicile de ce dernier, quelque part à Bois d’Haine, où nous sommes accueillis fort amicalement. Les présentations faites, nous nous lançons dans cette interview chaleureuse que nous vous livrons ci-après.

Laetare.be : Monsieur Palmieri, tout d’abord, la question traditionnelle : peut-on vous demander de vous présenter ?

Mon nom : Palmieri. Mon prénom : Lorenzo...
Michel Campagna, Mario Ranalli, Virtual Laetare : (Rires)

Laetare.be : ...oui mais, ce n’est pas un interrogatoire de police ! (Rires) Quand je vous demande de vous présenter, c’est pour que vous nous parliez de vous !



Le comité des « Bî-Contints » au Laetare 2003. De gauche à droite : Michel Campagna, Lorenzo Palmieri, Christian Nézer, Jean-Pierre Rénier, Mario Ranalli. (Photo Michel Campagna)



Lorenzo Palmieri : Ah bon ! Sérieusement, je suis né au Mitant des Camps, à La Louvière, comme Michel, le Président d’Honneur. J’y ai passé tout ma jeunesse. Je n’ai jamais été Gille. A la maison ce n’était pas toujours facile, mon père travaillait dans la mine. J’ai des souvenirs fabuleux des Gilles « Les Indépendants » et « Les Amis Réunis » quand ils passaient dans le quartier.
Tout gosse, j’avais les larmes aux yeux quand je les voyais devant chez moi, tellement j’aurais voulu les rejoindre et être Gille moi aussi. Malheureusement, mes parents n’en avaient pas les moyens. Adolescent, j’ai donc commencé à approcher le Laetare au travers du Club des Jeunes de Jolimont, qui participait au Cortège du Lundi. Il y avait une ambiance excellente, nous nous amusions chaque année comme des fous, nous précédions les Gilles lors du cortège et je crois que nous étions très appréciés du public.

Laetare.be : Et ça ne vous a donc jamais intéressé de faire le Gille ?

Lorenzo Palmieri : J’étais plus jeune, cela coûtait cher et je préférais m’amuser avec mes amis. Le Club des Jeunes, c’était la solution rêvée qui permettait en quelques sorte d’avoir tous les avantages du carnaval, sans les inconvénients. Quand on est un gosse de la mine comme moi, on ne se pose pas trop de questions : on a du plaisir au carnaval, on compte ses amis, ils sont précieux et ce qui importe, c’est de s’amuser avec eux, à moindres frais !
Et puis, je me suis marié, et là, je vais vous étonner mais j’ai effectivement eu envie de rentrer dans une société de Gilles. J’ai rencontré Mario, notre trésorier, et il y a eu ce fameux Laetare 1993 où nous avons suivi le ramassage de Baume des Gilles « Les Commerçants ». Nous l’avons suivi jusqu’au point de rendez-vous sur la Place Mansart. En retournant chez nous, nous sommes redescendus par la rue de Baume, là où venait soit-dit en passant d’avoir lieu l’accident qui devait marquer ce Laetare 1993. (NDLR : En 1993, un ramassage du groupe de Gilles « Les Amis Réunis » fut fauché le Dimanche de Laetare par un chauffard ivre. Si, par miracle, aucun mort de fut à déplorer, il y eut plusieurs blessés qui terminèrent à l’hôpital un carnaval à peine entamé. Les contraintes d’accès au périmètre de sécurité devaient par la suite se renforcer, pour le plus grand bien du folklore.)
Vers 9h00, les « Paysans » démarrent des Ecoles de Baume, en batterie et musique. C’est un très beau moment! Nous nous sommes promis que si l’on n’avait rien fait par nous-mêmes pour le carnaval l’année suivante, on rentrerait aux « Paysans de Baume ». Finalement nous ne l’avons jamais fait, parce que nous avons rejoint la société de fantaisie « Les Bwâssanswafs », vers la fin de 1993. La société a été dissoute en 1995. Il n’y avait que des femmes dans ce groupe, sous la direction de Maria, une amie. J’en étais le seul homme mais l’ambiance était excellente. En septembre 1995, j’ai pourtant lancé l’idée de faire une nouvelle société de fantaisie, qui participerait au Laetare 1996. Au départ, nous étions très peu en fait. Il y avait ma sœur, des membres de ma famille. Puis j’ai rencontré Michel Campagna sur le plan professionnel en décembre 1995. Je lui ai parlé de la société que j’étais en train de fonder. Comme je voyais que c’était quelqu’un de volontaire et de motivé, je lui ai proposé d’y rentrer. D’autres aussi sont venus nous rejoindre, et c’est ainsi que de fil en aiguille le groupe s’est renforcé. Nous étions 27 membres au départ.



Les « Bî-Contints » aux soumonces générales en 1996. Qui aurait cru que cette société de fantaisie compterait 186 membres inscrits, à peine 9 ans plus tard ? (Photo Michel Campagna)



Notre premier local était le Café du « Drapeau Blanc », qui a fermé depuis et nous nous sommes installés ensuite à la « Taverne du Théâtre », sur la Place Communale. Depuis l’année passée, nous avons recruté dans notre comité Jean-Pierre Rénier, qui est commissaire-adjoint. Il prospecte toute l’année pour nous trouver des sponsors publicitaires, c’est un élément important dans notre comité, dont la structure actuelle est la suivante :
- Michel Campagna : Président d’Honneur et Vice-Président
- Lorenzo Palmieri : Président
- Mario Ranalli : Trésorier
- Christian Nézer : Secrétaire
- Jean-Pierre Rénier : Commissaire

Christian Nézer se donne également sans compter pour le groupe. Son naturel discret ne le pousse pas à se mettre en avant, mais il est pour une bonne part dans la réussite de notre société. Dans un collectif quel qu’il soit, il est important de savoir trouver les mots justes pour parler aux membres, que ce soit pour adresser une remarque ou pour prendre une décision. Christian gère tout cela avec beaucoup de tact, comme il le fait pour la partie administrative nécessaire à la bonne marche du groupement. Quand il envoie une lettre aux membres, on est obligé de faire suivre le dictionnaire Larousse pour la traduction ! (Rires)

En 2003, nous avions 186 membres régulièrement inscrits. La société compte entre 70 à 80 enfants, notre vocation est très familiale. Souvent les parents viennent aux « Bî-Contints » avec leurs enfants, pour prendre part en famille au Laetare.

Michel Campagna : Je suis pour ma part aussi natif du Mitant des Camps, comme vous l’a dit Lorenzo. Nos parents ont en fait émigré en même temps vers la Belgique, ils sont originaires des Pouilles, d’un village tout près de Bari, dans le Sud de l’Italie. J’ai toujours habité La Louvière, où j’ai été « Paysan » du temps où Fernand Liénaux s’occupait de cette société, sous la houlette du Syndicat d’Initiative.
J’habitais à la Cité Astrid, nous partions à plusieurs amis, en tambour. « Les Paysans s’en vont... » Mon frère Paolo en faisait aussi partie, nous en avons été membres 4 ou 5 ans je crois. Mon père était mineur de fond, on ne payait que les oranges, c’était une solution meilleur marché que de faire le Gille ! Par après, étant jeune homme, je prenais part librement au Cortège du Lundi. Je me travestissais et j’évoluais librement sur le parcours, où je faisais des blagues aux spectateurs. J’ai ensuite habité Bois-d’Haine où j’ai été indépendant durant 10 ans. J’ai tenu une librairie, mon épouse a géré un snack, je connaissais beaucoup de monde en fait. Les amitiés facilitent toujours les choses quand vous vous lancez dans de l’associatif !
J’ai ensuite invité ma famille à rejoindre la société de fantaisie que je gérais avec Lorenzo, des camarades, etc. Au départ les « Bî-Contints » se recrutaient presqu’exclusivement dans les cercles familiaux des membres du comité ou dans leurs amis. Pourtant le cercle s'est agrandi, le bouche à oreille reste la meilleure des publicités. La structure familiale a progressivement évolué vers un groupe d’amis, ce qui est mieux selon moi. Quand une famille gère un groupe folklorique, si jamais un conflit survient, je crois que la gestion qui en sera faite sera moins objective. Je crois donc pour ma part que les groupes folkloriques qui sont gérés intégralement par des membres d’une même famille sont plus fragiles que des groupes où il n’y a « que » des liens de franche camaraderie entre les membres du comité. Je ne vous cache pas que les liens familiaux restent très importants aux « Bî-Contints », pourtant ceux-ci s’effacent de plus en plus au profit des amitiés simples. C’est très positif selon moi.



Deux membres des « Bî-Contints » au Laetare 2003. Ambiance familiale et amitiés sincères sont garanties ! (Photo Michel Campagna)



Laetare.be : Comment s’est fait le choix de votre batterie et de votre musique ? Jouer des airs de fantaisie, ce n’est quand même pas à la portée de n’importe quel musicien ou tamboureur ?

Lorenzo Palmieri : Très naturellement en fait. Je connaissais Willy Poelart, qui jouait déjà pour nous aux « Bwâssanswafs ». Pour la petite histoire, nous avions aussi joué à la balle-pelote dans le temps. Je me suis donc porté vers la batterie qu’il me proposait. Concernant notre musique, c’est une évolution qui s’est là faite en plusieurs temps. Nous avons commencé tout simplement, avec une clarinette et 5 tambours. Nous avons toujours eu 5 tambours. L’année suivante nous avons ajouté une deuxième clarinette, puis ensuite, une troisième, pour nous retrouver une année avec cinq clarinettes.
Ensuite, une autre étape a été franchie. Il faut savoir que Mario Ranalli, notre trésorier, est un trompettiste et c’est donc avec lui que nous avons franchi le pas et que nous avons décidé de prendre des cuivres dans notre groupe de musiciens. Au départ, certains membres avaient une légère appréhension, qui s’est vite dissipée après la répétition de batterie, et nous avons donc démarré à 7 musiciens. Nous en sommes arrivés à 10 musiciens de bouche et je peux déjà vous dire que nous serons 11 cette année en 2004. Il faut gérer tout cela ! Nous devons rester lucides par rapport à notre budget, il importe de ne pas tout galvauder en prenant une quantité de musiciens trop élevée.

Laetare.be : Comment se structure l’organisation de votre société ? Avez-vous par exemple des assemblées générales comme une société de Gilles ?

Michel Campagna : Nous avons une répétition de batterie, qui se fait toujours le dernier vendredi du mois de janvier. En tant que telles, nous n’avons pas d’assemblées générales propres à la société, parce que nous n’en voyons pas la nécessité. Notre gestion interne n’est pas aussi lourde que celle d’une société de Gilles. Nous participons néanmoins aux réunions de l’Amicale des Sociétés de Gilles Louviéroises. Depuis ce vendredi 13 février, jusqu’au Carnaval, le comité se réunit tous les vendredis en notre local de la Taverne du Théâtre, de 20 à 22 heures. Nous organisons en quelques sorte une permanence.
Chacun a sa tâche au sein du comité, et il s’astreint à ne s’occuper que de ce qui le concerne. Les tournées périodiques qui permettent de récolter des fonds au sein des cafés donateurs sont réparties entre chacun de nous et personne du comité n’empiète sur celle d’un autre. Les éventuels « pépins » entre membres qui pourraient survenir ou sont déjà survenus, sont pris à la base et résolus directement. Nous avons déjà eu quelques très rares problèmes. En tant que membres du comité, nous essayons de « nager entre deux eaux », afin de prendre les problèmes à la base, nous ne laissons jamais rien se dégrader. Il n’y a pas que les problèmes que nous devons gérer, les aspects financiers sont cruciaux. Certains de nos membres voulaient prendre part à une soumonce supplémentaire. Comme nous ne sortons qu’en airs de fantaisie, nous devons obligatoirement nous offrir les services de notre musique, ce qui représente un coût évident. Nous avons malheureusement dû attirer l’attention de nos membres sur le fait que la participation à la soumonce en musique n’était pas possible avec la « mise » raisonnable qui leur était demandée. (mise = cotisation)
Nous nous cantonnons donc aux seules soumonces générales, outre le Laetare.

Même si elle n’est est pas à proprement parler une, nous avons cependant une assemblée générale informelle, qui se tient juste après le carnaval. Nous dressons l’état des comptes et faisons le bilan du carnaval écoulé. Notre but aux « Bî-Contints », c’est l’amusement pur et simple. A nos assemblées générales, nous ne voyons donc pas de membres mécontents ou vindicatifs, tout se passe dans l’amitié et la bonne entente. Quand on vient aux « Bî-Contints », on y vient pour s’amuser, en famille ou avec ses amis. On n’y vient pas pour se mettre en valeur ou parce qu’on a quelque chose à se prouver ou à prouver à son carnaval.
Le seul maître à bord : l’amusement ! Le côté « fantaisie » n’est nullement péjoratif, nos membres se recrutent parmi toutes les couches sociales, et cela va de l’ouvrier du bâtiment au médecin, il y a plusieurs docteurs dans notre groupe. Natacha, une de nos membres, est urgentiste au C.H.U. Tivoli. Vous ne l’auriez pas cru, pas vrai ?

Lorenzo Palmieri : Histoire de mettre tout le monde à l’aise dès le début, nous avons rédigé un petit résumé des principes que nous entendons respecter dans notre société : ce sont les « « Dix commandements du Bî-Contin ».

1. Comme membre des « Bî-Contints », digne tu seras et comme tel tu te conduiras.
2. Nulle querelle ou dispute, tu chercheras.
3. Fumer, boire, manger, dans la société en marche, tu éviteras.
4. Au rappel du tambour, tu partiras.
5. A l’heure du rendez-vous, tu arriveras.
6. Si cagnotte il y a, ta propre boisson tu prendras.
7. A ta sécurité, surtout le soir, tu veilleras.
8. Les injonctions des membres du comité tu suivras.
9. Au cortège, bonbons tu offriras ou tu distribueras.
10. Le moindre problème avec le comité tu règleras.

Laetare.be : Entre nous : comment se fait-il que 27 joyeux drilles que tout le monde regardait comme une bande d’étudiants attardés au soumonces générales 1996 deviennent une société structurée et florissante de 186 membres à peine 9 ans plus tard ? Si je devais vous demander quelle est la clé de votre succès au « Bî-Contints », que me répondriez-vous ?

Lorenzo Palmieri : La clé de la réussite, c’est la bonne entente entre les membres du comité. Une saine gestion financière est aussi indispensable. Il faut également ne pas perdre de vue une chose qui est fondamentale : nous sommes là pour nous amuser. Plutôt que d’être basée sur des grands principes qui sonnent creux, le fondement de la société reste une bonne cohésion entre ses membres. Nous restons sincères entre nous, mais aussi vis-à-vis des membres sociétaires, à qui nous ne promettrons jamais un projet irréalisable.
Par ailleurs, l’esprit reste toujours positif, sans critiques destructrices. A cet effet, nos épouses et compagnes demeurent des aides précieuses, sans qui rien ne serait possible. Elles ont par exemple réalisé le costume de dormeur que nous portons aux soumonces générales. En un mot : Gianna, Angela et les autres : merci à vous!



En 2003, les « Bî-Contints » comptent pas moins de 186 membres, neuf ans après la fondation. C’est une réussite unique en son genre pour un groupe de fantaisie, qui en prouve la nécessité dans le folklore louviérois. (Les « Bî-Contints » en 2000, Photo Michel Campagna)



Laetare.be : Vous avez cette vision, mais d’aucuns, un peu plus « machos » il est vrai, se plaignent que dans certaines circonstances, les femmes apportent un esprit moins « direct » et qu’elles posent parfois problème dans la gestion d’un groupe folklorique. C’est sont de tels griefs, tenus par certains Gilles, qui ont précipité notamment la disparition des groupes de dames, dont les « Dames de Bouvy » demeurent l’ultime représentant à ce jour. D’autre part, les représentants de l’Unesco qui avaient pour mission d’établir un rapport sur le Carnaval de Binche durant les Jours-Gras de 2003 et en vue de la mise au patrimoine mondial, ont pointé l’absence d’intégration des femmes dans le folklore du Gille. Vous ne vous sentez pas concernés, de toute évidence ?

Michel Campagna : Dans ces groupes « de dames » que vous évoquez, les femmes sont placées derrière la société et les musiciens, les Gilles évoluent normalement devant la musique. Il y a comme qui dirait cette « barrière des sexes », qui rattrapera toujours, quoi qu’il devienne, un groupe de Gilles digne de ce nom : une femme ne pourra jamais être des leurs! Notre disposition est différente : tout le monde est mélangé devant les musiciens. Un mari ne quitte donc jamais son épouse ni ses enfants, en tout cas s’il le souhaite ! (Rires)
Notre esprit familial nous procure beaucoup de souplesse, il reste notre meilleur atout : encore une fois, notre force, c’est qu’on ne vient pas aux « Bî-Contints » pour se mettre en valeur, mais pour s’y amuser. Nous sommes une société de fantaisie, et là où il y a un brin de fantaisie, il y a toujours des rires et de l’amusement !

Lorenzo Palmieri : Moi j’ai surtout bien envie de vous dire qu’il ne faut jamais laisser les femmes livrées à elles-mêmes, croyez-moi... (Sourires)

Mario Ranalli : Ni toi non plus d’ailleurs, Lorenzo ! (Rires)

Michel Campagna : Je constate que d’année et année, les gens « s’attendent » dans le groupe, pour faire le carnaval ensemble ; l’esprit de cohésion se renforce de plus en plus, nous en sommes tous très contents d’ailleurs. Les nouveaux membres sont accueillis très cordialement par les plus anciens, et cela se fait le plus naturellement du monde.

Laetare.be : Depuis le début des années 1980, on a assisté à un recentrage très fort du Carnaval louviérois sur les sociétés folkloriques strictes : Gilles et Paysans. Faute notamment de moyens, les engagements de sociétés de fantaisie extérieures ont été supprimés. Le Cortège du Lundi a donc subi un fort dégraissage et se retrouve réduit à une fraction de ce qu’il était dans les années 1960. Une partie du public le regrette et on peut le comprendre, les Gilles constituent désormais les 90% du spectacle du Cortège du Laetare. A ces gens-là, pensez-vous qu’une société comme les « Bî-Contints » peut offrir une alternative, un autre folklore ?

Lorenzo Palmieri : Je suis persuadé que les « Bî-Contints » ont un rôle important à jouer dans le Carnaval louviérois. Ils apportent une autre vision du folklore, faite d’amusement et d’un strict minimum de contraintes. Concrètement, les coûts sont minimes pour prendre part au carnaval, la cotisation reste très faible.
Je crois que beaucoup de membres des « Bî-Contints » sont des Louviérois qui ont eux aussi ont le droit de participer de façon active à leur carnaval. Quoi qu’on en dise, l’aspect financier reste un facteur important de participation ou non au Laetare. Une société comme les « Bî-Contints » a aussi une belle carte à jouer à ce niveau-là, car elle met le folklore à la portée du public le plus large. Je crois que nous sommes appréciés au sein du folklore louviérois mais aussi de façon plus large, dans toute la région. Nous avons su faire preuve du minimum de sérieux que l’on attend d’une société, qu’elle soit folklorique ou de fantaisie.



Lorenzo Palmieri et son épouse Angela au Laetare 2001. (Photo LP)



Laetare.be : D’où vous est venu votre nom ? Saviez-vous en le prenant qu’il faisait référence à deux anciens groupements folkloriques louviérois du 19ème siècle, à savoir les « Bî-Contints » et les « Vrais Bî-Contints » ?

Lorenzo Palmieri : Même pas ! (Rires) C’est venu tout simplement en fait, j’ignorais complètement ce que vous venez de dire ! Nous avons tout bonnement rédigé une liste de noms, parmi lesquels figurait celui des « Bî-Contints ». C’est sur celui-là que s’est finalement porté notre choix et c’est une très bonne chose, car je ne vous cache pas que certains noms de cette liste étaient pour le moins « surprenants »...

Laetare.be : Mais encore, pouvez-vous nous en dire plus ?

Lorenzo Palmieri : Les « Tchauds Lapins », les « Kètafond »… (Rires) Ne riez pas, vous avez échappé à ça! On s’est abstenu finalement, question moralité ça ne cadrait pas avec la vocation familiale que nous voulions donner au groupe. Et puis, je ne sais pas si à l’Administration Communale, le Service des Fêtes aurait été enchanté ! C’est mieux ainsi !

Michel Campagna : Au départ, nous avions le sentiment d’être un peu snobés par les sociétés de Gilles, mais tout cela est du passé. Il est vrai que notre folklore est différent, moins rigide et moins codifié. Parfois, certaines sociétés refusaient de nous laisser passer sur la rue, elles ne se dégageaient pas en laissant la moitié de la rue libre, comme elles le font pour les autres sociétés de Gilles. Nous avions donc le sentiment d’être un peu considérés comme des étrangers au sein de notre propre carnaval, un sentiment somme toute assez frustrant.
Tout cela s’est aplani avec le temps, et c’est bien mieux ainsi. Nous sommes des Louviérois, et toute l’année nous oeuvrons pour le rayonnement de notre société, et donc fatalement aussi, de notre carnaval. La réaction fut différente du côté de l’Amicale des Sociétés de Gilles, où nous avons été directement intégrés et considérés. L’Amicale a aussi fait pression au début auprès des présidents des sociétés de Gilles, afin qu’ils disent à leurs membres de faire bonne composition avec les membres des sociétés de fantaisie. Il y a parfois eu quelques heurts au début avec certains Gilles qui ne comprenaient pas notre motivation et notre engouement pour le Laetare. Tout cela est désormais de l’histoire et je crois pouvoir vous dire en toute sincérité que les rapports sont excellents avec tous les autres groupes folkloriques louviérois. Désormais, les Gilles s’écartent à notre arrivée, en nous laissant le passage. Je crois aussi que cela ne les intéresse pas de « croiser » avec des sociétés de fantaisie, notre cadence est différente, et nous n’avons de toute façon pas un ensemble musique-batterie aussi étoffé que celui d’une société de Gilles.



Michel Campagna et son épouse Gianna, lors du Carnaval de La Louvière 1997. (Photo Michel Campagna)



Laetare.be : Depuis le début des années 1990 et la disparition des dernières sociétés de quartier telles les « Vieux Gilles du Hocquet » et Les Gilles « Les Rinlis », le périmètre de sécurité a tendance à se restreindre de plus en plus. Que ce soit en soumonces ou au Laetare, dès 19h00 et à de rares exceptions près, toutes les sociétés se retrouvent littéralement entassées au Drapeau Blanc ou sur la Place Mansart, avec en conséquence une saturation des lieux, alors que d’autres endroits, tels la Place Communale, sont complètement déserts. Qu’en pensez-vous ?

Lorenzo Palmieri : Je crois justement qu’à ce niveau-là, une société de fantaisie peut apporter beaucoup. Nous avons une flexibilité dans nos déplacements, que n’aura jamais une société de Gilles. En une demi-heure, nous pouvons avoir fait le tour du Centre-ville de La Louvière, au sens large et avec un arrêt dans un café en plus ! La Place Maugrétout, la Place Communale, restent des lieux que nous fréquentons à toutes les heures, et les tenanciers apprécient.
C’est inconcevable pour une société de Gilles. De même, nos arrêts ne sont jamais rigoureusement planifiés. Si nous voyons qu’un café est occupé par un autre groupe malgré que nous avions prévu de nous y arrêter, nous évoluons vers un autre endroit. Là aussi, c’est impossible pour un groupe de Gilles. Le périmètre de sécurité est une notion importante, car la police doit conserver le contrôle de la situation, mais on ne peut pas aller vers un étouffement du Centre-ville à chaque sortie folklorique ! Je crois que cette situation persistera malheureusement, et que le périmètre de sécurité restera ce qu’il est. En toute honnêteté, on peut s’en plaindre mais on peut aussi s’en réjouir. Tout est plus facilement contrôlable, mais la place laissée à l’initiative est moindre.

Laetare.be : Lorenzo, si je devais vous demander d’isoler un souvenir excellent, parmi tant d’autres, qui vous a marqué durant ces 9 années ?

Mario Ranalli, Michel Campagna, Lorenzo Palmieri : (Rires... Rires...)

Mario Ranalli : Ca va être dur !



Société de fantaisie « Les Bî-Contints », Laetare 1998. (Photo Michel Campagna)



Michel Campagna : Ce sont parfois des choses toutes simples qui nous font le plus rire, c’est un peu ça la magie du carnaval. Si je dois en isoler un, je vous parlerais de ce Laetare, où Lorenzo était un peu « joyeux » après quelques arrêts. Il était déguisé en Ecossais et dans la plus pure tradition, il ne portait pas de sous-vêtement sous son kilt ! Je vous passe les détails… Imaginez-le simplement debout sur la table d’un bistrot et sachez qu’il s’en est fallu de très peu pour qu’il se retrouve sans son kilt, nu comme un ver. C’était l’hilarité générale dans la société.

Laetare.be : Quand vous avez décidé de lancer la société, vous pensiez que cela allait durer, est-ce que vous vous attendiez à remporter ce succès ? On vous aurait dit en 1996 que la société compterait pas loin de 200 membres en 2004, vous l’auriez cru ?

Lorenzo Palmieri : Jamais de la vie, c’était imprévisible ! Je n’aurais jamais cru que la société allait se développer à ce point. Pour vous parler franchement, je ne souhaitais même pas que cela évolue dans cette direction. Michel par contre avait vu clair et il se sentait capable de donner au groupement sa dimension actuelle. L’organisation a dû suivre aussi, au niveau du comité. Ca n’a l’air de rien, mais c’est un fameux boulot. On a mis petit à petit notre souper sociétaire sur pied, nous organisons désormais un Bal Halloween, et les membres ont afflué. C’est une grande satisfaction que de voir ce qu’elle est devenue. Nos finances sont saines, le groupe a atteint une belle structure, ça fait chaud au coeur.

Laetare.be : Si je devais résumer notre entretien en une seule phrase, les « Bî-Contints » c’est quoi?

Lorenzo Palmieri : Une société d’amusement, entre amis, et on n’aurait jamais cru qu’elle deviendrait ce qu’elle est de nos jours ! (Rires)

Laetare : Messieurs, merci pour votre accueil, et laissez-nous d’ores et déjà vous souhaiter un excellent Laetare 2004 ! (Propos recueillis par F.S.)




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