Le Grand Cortège du Lundi


En 1877, fut fondée à La Louvière, l'Association des Commerçants, chez Mme Veuve Merckx, la patronne d'un café-restaurant situé au coin des rues Albert 1er et Sylvain Guyaux, et sous l'impulsion de Mr Romain-Dubois, qui était lui marchand-tailleur établi au " Printemps " (actuellement le café " Le Mansart "). Il eut pour successeur François Gabillia-Romain.

Une commission des fêtes fut créée. En 1881, le jour du Mardi-Gras, cinq de ses membres se concertèrent et ainsi fut lancée l'idée d'élargir le programme des fêtes carnavalesques en organisant un grand cortège, le Lundi de Laetare. Le concours des sociétés locales fut acquis: les Gilles du Hocquet et du Mitant des Camps, la société des Paysans d'Alfred Pourbaix, les Grands-Pés de Bouvy, la société des Flamands et Flamandes du Hocquet-Bas. Auparavant, le Carnaval de La Louvière se déroulait durant les Jours-Gras qui précèdent le début du Carême, soit un mois plus tôt.



1927. Le cortège descend la rue Sylvain Guyaux. Si aujourd'hui sa longueur est d'environ 900 mètres, il n'en a pas toujours été de la sorte dans le passé : de 1909 à 1914, il parcourut même jusqu'à 5700 mètres. (Photo Ed Belge Bruxelles)



En 1882, le premier grand cortège a lieu le lundi de la Mi-Carême et le programme suivant est observé
  1. Le samedi soir: Grand bal masqué des Commerçants
  2. Le dimanche matin: Sortie des sociétés locales
    L'après-midi: Sortie du Carnaval des enfants, avec orchestre.
    Le soir: Bal masqué populaire sur la Place Maugrétout et carnaval de nuit dans les cafés.
  3. Le lundi matin: Sortie des Gilles et sortie des violes. Arrivée des sociétés régionales.
    Départ du cortège à 11 heures, il en sera ainsi jusqu'en 1884.
    Le parcours est très long et la dislocation a lieu vers 15 heures.
    Grand carnaval de rue.
    Le soir: Bal populaire masqué sur la Place Maugrétout et carnaval de nuit dans les cafés.



Le Cortège du Lundi prit rapidement une ampleur importante, aux niveaux régional et national. Les responsables locaux perçurent la nécessité d'en faire la promotion pour le développement de la ville, comme en témoigne cette carte postale d'inspiration naïve, datant de 1899.



Philippe Muller se souvenait encore à 90 ans, en 1912, des détails suivants qui permettent de mieux situer le contexte de la création du cortège à cette époque:

" Les Usines Boël avaient insisté pour que le Grand Cortège ne sorte pas le lundi de Laetare. C'est la raison pour laquelle elles refusèrent toute souscription. Néanmoins, cela n'empêcha pas le carnaval louviérois de se développer très rapidement et de voir bientôt toutes les usines de la région, même aux Ecaussines, accorder le chômage le Lundi de Laetare.

De 700 francs en 1882, les primes pour la participation au cortège atteignent 1000, puis 2000, 3000 francs et finalement 6000 francs en 1909. Cette année-là, le journal l' " Etoile Belge ", dans son compte-rendu, estime la foule entre 40.000 et 50.000 personnes. Les organisateurs concluent qu'à raison d'une dépense de 1 francs par visiteur, cela constitue un bon rapport pour le commerce louviérois. "



Le rondeau final du Cortège, sur la Place Mansart, est un moment fort du Laetare. Celui du lundi 17 mars 1969 revêtait un cachet particulier, en cette année du centenaire de la fondation communale de La Louvière. (Photo Baugniet)



On retiendra donc que c'est depuis 1882 que l'organisation du Grand Cortège, le Lundi de Laetare, est confiée à une Commission de l'Association des Commerçants louviérois, sous le patronage de l'Administration Communale. A partir de cette date, le carnaval louviérois prend un essor important et contribue pour une part certaine au développement du commerce local.

Nota : Les membres fondateurs de l'Association des Commerçants furent MM Romain-Dubois, Leclercq, Varlet, J.B. Grapin, Cornil-Bernard. Le premier local était établi au café Alexandre Spitaels (actuellement le Maugrétout), place Maugrétout, ensuite au Palace, chez Cornil-Bernard, place Mansart.

Le premier comité était constitué de MM Colson-Fauville, président, Cornil-Bernard, secrétaire, Rousseau-Bréda, trésorier ; MM Pascal Wartel, Alexandre Fontaine, André Léon, Alphonse Leclercq, membres. La cotisation mensuelle s'élevait à 50 centimes.

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