Interview folklore numéro 4
André Dengis, président de la société de Gilles " Les Merveilleux "

Les Gilles de La Louvière se déplacent-ils à l’extérieur de leur ville ?
Osons-le dire franchement : oui.

Mais…
… la question suscite d’emblée les passions les plus contradictoires :
- « Un Gille ne se déplace jamais ! »
- « Comment susciter l’intérêt pour notre folklore si nous sommes incapables de le présenter à l’extérieur de notre ville ? »
- « Un Gille n’a de sens que dans sa ville, au milieu des rues qui ont forgé son carnaval ! »
- « Quand un déplacement est pensé de façon représentative, c’est la meilleure des publicités pour notre carnaval ! »

Avouons-le : le débat est loin d’être clos…

Toutefois, il faut reconnaître que de nos jours, les Gilles de La Louvière ne se déplacent plus, ou très rarement. Souvent, ce sont des sociétés de Gilles de l’entité louviéroise qui sont invitées à aller représenter le Laetare, comme par exemple les Gilles de Strépy-Bracquegnies au Parc Disneyland Paris en 1996.

Précédemment, il n’en fut pas toujours ainsi et durant une époque que l’on peut situer de 1890 à 1970, les Gilles louviérois effectuèrent régulièrement de nombreux déplacements à l’extérieur de leur ville. Ces excursions étaient motivées pas des demandes expresses de personnalités ou d’organisations, les obligations du protocole ou encore pour cause de l’un ou l’autre jumelage avec une ville étrangère.

Par exemple :
- Participation des « Vieux Gilles du Hocquet » au Cortège du dimanche de Laetare à Houdeng-Goegnies, de 1883 à 1904 et de 1911 à 1970.
- Les Vieux Gilles du Hocquet furent les premiers Gilles à défiler dans la ville de Mons, de 1905 à 1910, le dimanche de Laetare.
- En 1939, lors de la réception de la Reine Wilhelmine de Hollande.

Plus récemment :
- En 1959, les « Boute-en-Train » sont mis à l’honneur sur la Grand-Place de Bruxelles, à l’occasion du futur mariage de la Princesse Paola avec le Prince Albert.
- Déplacement des Gilles « Les Merveilleux » dans les années 1960 à Lausanne, en présence du Commissaire général au Tourisme, Arthur Haulot. - Jumelage de La Louvière avec Saint-Maur des Fossés en France : participation des « Merveilleux ». - 1964 : « World’s Fair » de New York, participation des « Merveilleux ». - Déplacement d’un groupe de Gilles louviérois en 1986 à Atlanta, sur invitation de la Sabena, pour commémorer le 10ème anniversaire de la liaison avec Bruxelles. (voir l’interview de Willy Poelart à ce sujet)



1930. Les prestations des Gilles de La Louvière à l’extérieur de leur ville restent exceptionnelles, mais elles survinrent dans le passé, comme ici sur la Grand-Place de Bruxelles à l’occasion des manifestations du centenaire de l’indépendance de la Belgique. Les « Vieux Gilles du Hocquet » défilent alors devant le Roi Albert 1er et la Reine Elisabeth. (Archives Communales)



La liste est indéniablement longue, et nous avons voulu évoquer de la façon la plus sereine possible ces déplacements. Notre choix pour cette interview s’est dès lors porté sur André Dengis, qui fut le président-fondateur de la société de Gilles « Les Merveilleux » en 1963. Les « Merveilleux » furent une société composée de Gilles louviérois, spécialement destinée à se produire dans des manifestations à l’extérieur de La Louvière. Elle a existé durant 5 ans, jusqu’en 1968.

Rencontrer André Dengis ne fut pas une mince affaire ! L’homme est un sémillant octogénaire, un octo + 3 (sic), extrêmement sollicité et très actif. Son sens de la répartie et sa plume sont connus à La Louvière. Nous vous livrons le texte qu’il nous a d’abord rédigé, et qui apporte un éclairage sur son activité carnavalesque et ce que furent les « Merveilleux ».

A force d’insister, un rendez-vous nous est accordé dans un établissement d’une galerie marchande bien connue, où nous recueillons l’interview que nous vous livrons ci-après. Tout se passe durant la fin de matinée du samedi 27 mars 2004, soit quatre jours à peine après les derniers roulements de tambour du Laetare. Les caddies, remplis des paquetages des ménagères, passent et repassent dans notre dos, mais autour d’un café-crème au « Coach », le temps s’arrête, parce qu’on y discute Gilles et carnaval…

La société de Gilles « Les Merveilleux », racontée par André Dengis.





André Dengis, portant la casquette de soumonces des « Merveilleux ». (Photo A.D.)



Il m’est demandé d’évoquer la période pendant laquelle je me suis intéressé au folklore louviérois d’une manière active. En vérité, elle est assez réduite car ne s’échelonnant que sur cinq ans à peine.
Toute cette affaire, en effet, débute en 1963 sur un simple défi entre « gens de bistro ». Et pour concrétiser cette idée – assez farfelue pensaient certains à l’époque – j’ai eu le soutien précieux de mon ami Paul Huart, hélas disparu il y a quelques années et pour lequel j’ai une pensée émue.
Le but poursuivi était d’aller représenter avec dignité et panache (c’était notre devise) les Gilles en dehors de nos murs et ceci à l’occasion de manifestations de renom et la plupart bien connues, en rappelant qu’il y en a également dans notre pays. C’est ainsi qu’avec des Gilles de diverses sociétés locales – environ une bonne trentaine – nous avons formé un groupe, Paul Huart, Jean Hembise et moi-même, sous l’appellation « Les Merveilleux », qui eut un grand succès.



La société de Gilles « Les Merveilleux » et leurs dames. [1963-1968] (Photo A.D.)



Ce ne fut pas une mince affaire à mettre sur pied, on peut s’en douter. En effet, dès le départ déjà, nous avions suscité beaucoup de jalousie de quelques énergumènes – des « puristes » comme on les appelle – mais rien n’a jamais pu briser notre ligne de conduite, ni notre élan, tellement nous étions déterminés à vouloir gagner notre pari. Et ce qui suit le prouve à suffisance !
Il faut être objectif également, car l’aide que nous ont apportée certains « communaux » (autre que financière, il faut bien le préciser) nous fut précieuse en nous donnant une aura toute particulière. Et ici je me dois de rappeler la présence à nos côtés des regrettés Oscar Roland, Marcel Huwé, René Duquesne, Arthur Boulanger, etc…, respectivement Echevin, Secrétaire communal, employé et policier de La Louvière. C’est dire si notre action était appréciée avec beaucoup de sympathie et d’intérêt.
Et à ce propos, je me souviens très bien du succès rencontré à Lausanne (la veille, à Divonne-les-Bains), en présence de Monsieur Arthur Haulot, Commissaire général au Tourisme de Belgique, à l’époque. Nous fûmes félicités pour nos prestations réalisées avec … dignité et panache ! C’est une stricte réalité !
Et c’est ainsi que nous nous sommes déplacés un peu partout : en Belgique, en France, en Suisse mais également aux Etats-Unis, et toujours avec le même succès. Il faut dire aussi que nous avions des Gilles exemplaires, des musiciens et tambours de classe, ce qui ne pouvait que renforcer notre image de marque. Je le dis et le répète très franchement parce que c’est la vérité ! J’ajoute que chacun des participants en était légitimement fier.
Il y eut également la Fête des Chats à Ypres (avec la présence de notre mayeur Fidel Mengal) au cours de laquelle nos Merveilleux furent applaudis chaudement et félicités de toute part. D’ailleurs nous y sommes retournés l’année suivante.



Les « Merveilleux » sur la Grand-Place d’Ypres : rondeau aux feux de Bengale. (Photo A.D.)



Et maintenant parlons de notre venue à Saint-Maur-des-Fossés dans la Région parisienne (ville jumelée avec La Louvière) où nous avions été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme, notamment par le Maire, le sympathique Mr Noël. A l’époque, cela laissa un excellent souvenir aux Saint-Mauriens et aux Louviérois qui fraternisèrent avec un grand élan d’amitié. A cet égard, il faut rappeler que Richard Gondry, échevin de La Louvière nommé député quelque temps plus tard, accompagné de son épouse, mais également le futur premier échevin de la ville de Soignies, Emile Bâton et son épouse, rehaussèrent notre prestation de leur présence. Ce sont des moments inoubliables qui après tant d’années restent gravés dans les mémoires.

Evoquons maintenant (même s’il y en eut bien d’autres) trois de nos déplacements de grande réputation : un français, un belge et un américain (celui-ci dura six mois), qui émaillèrent notre activité avec tellement de satisfaction. Cela aussi c’était le but recherché par les Merveilleux : se produire avec dignité et panache (et en être fier), pour le bon renom du Gille qui bien évidemment anime Binche et son Mardi-Gras, mais également les carnavals de pratiquement toutes les communes de la Région du Centre : Laetare, Feureu, Pâques, … N’est-ce pas réel ?

En premier, abordons ce déplacement à Caen à l’occasion d’un grand cortège carnavalesque international de haute réputation où nos Gilles furent, sans nul doute, parmi les plus remarqués ! Notre ami, Marcel Huwé, secrétaire communal de La Louvière, avait désiré nous accompagner pour la circonstance et c’est ainsi que nous sommes allés le matin déposer une gerbe au Monument aux Morts de la ville, geste qui fut fort apprécié des autorités municipales, on peut s’en douter.



Les « Merveilleux » vont déposer une couronne de fleurs au monument aux Morts de la ville de Caen. Tout à gauche se trouve leur chef de musique, le regretté Henri Dubois. (Photo A.D.)



Le couronnement belge des Merveilleux eut lieu, indiscutablement à Bruxelles à l’occasion des Fêtes annuelles de l’Ommegang. Le Gille ne doit-il pas son existence à Charles-Quint (sic), et n’était-ce donc pas un juste retour des choses ? Ils y reçurent un accueil des plus chaleureux ! Et plus encore lors des feux de Bengale qui devaient clôturer ces festivités. Les caisses et les tambours, la musique et... la flûte enchantée de notre bon ami regretté Henri Dubois, devaient ravir le public et les personnalités qui assistèrent à ce spectacle haut en couleur ! Que dire alors des Merveilleux qui étaient subjugués par la magie des lieux. Pensez un peu : se produire sur la Grand-Place de Bruxelles, tellement admirée des touristes du monde entier, et devant cet Hôtel de Ville prestigieux ! Bref, un rêve que nos Gilles et leurs accompagnateurs ne sont pas prêts d’oublier.

Et voici cette troisième évocation, de notre présence à New-York pendant six mois. C’était en 1964, il s’agissait d’aller représenter notre folklore Outre-Atlantique à la World’s Fair, l’Exposition Internationale de réputation mondiale, et plus spécialement au Belgian Village. Celui-ci avait été reconstitué pour la circonstance avec de vrais pavés bien de chez nous et avec un authentique manège de chevaux de bois, bien belge lui aussi. Un vrai ravissement pour les jeunes américains restant bouche bée devant ça !
Quant à nos prestations journalières, elles reçurent un véritable triomphe. Nous étions devenus, qu’on le veuille ou non, les Merveilleux Gilles de Belgique. On peut se douter de l’ambiance qui devait régner, surtout lors des feux de Bengale allumés sur nos pavés ! Qui pourrait nous reprocher d’avoir bien fait les choses ? Sûrement pas notre ambassadeur à Washington, le Baron Scheyven qui lors de sa visite au Belgian Village (avec une vingtaine de collaboratrices et collaborateurs) nous a félicités chaudement en nous prodiguant des vœux de bonne continuation. Avoir été ainsi congratulés par le représentant officiel de notre pays aux U.S.A., quel bel encouragement !



La société de Gilles « Les Merveilleux ». [1963-1968] (Photo A.D.)



Pour être complet, signalons qu’à notre retour des Etats-Unis, nous fûmes reçus dans deux Hôtels de Ville différents. D’abord, celui prestigieux de notre capitale, Bruxelles, où ce fut un échevin qui nous accueilli avec quelques conseillers, en souvenir de son passage au Belgian Village. Ceci pour nous marquer toute sa gratitude en raison de la prestation à laquelle il avait participé et qui l’avait ravi. Notons que cet échevin était le père d’une hôtesse de l’air de la SABENA (cette compagnie existait toujours à l’époque) qui elle également, avec quelques collègues, nous avait rendu visite et nous avait félicité très chaleureusement. La seconde réception eut lieu à l’Hôtel de Ville de La Louvière et c’est l’Echevin Maurice Herlemont qui devait nous recevoir avec autant d’éloges que ceux qui nous furent prodigués à Bruxelles, ce qui fut fortement apprécié de tous !

Et maintenant, nous clôturons l’énoncé de ces quelques beaux déplacements, (il y en eut d’autres) pour en arriver à la fin de l’existence même des Merveilleux, après cinq ans de bons et loyaux services, dirons-nous. Cette cessation d’activité était due à des circonstances toutes particulières que nous appellerons « extra-folkloriques » et qui devaient déboucher sur la création d’une nouvelle société de Gilles dénommée « Les Maugrétout » pour une activité, celle-là, plus locale. Elle vint ainsi grossir à La Louvière les rangs des sociétés existantes et c’est d’ailleurs fort bien. Elle est toujours là de nos jours !

Pour la petite histoire, il faut quand même relever que c’est bien entendu grâce aux Merveilleux que les Maugrétout ont vu le jour et nous le répétons encore : c’est tant mieux ! C’est également une réalité historique que personne ne peut nier. Il n’est nullement question de vouloir embrocher qui que ce soit (ces temps-là sont révolus) mais rappeler tout simplement que seuls les faits comptent inexorablement !

Dernière petite remarque plus « administrative » celle-là (appelons-la de cette façon). C’est le fait que pendant cette période (avant, pendant et après 1965), le nom de La Louvière (tout comme via la R.A.A.L. actuellement) a été souvent mis au pavois par les Merveilleux dans plusieurs pays et jusqu’en Amérique (pendant une demi-année durant). Ceux-ci cependant n’ont jamais été mis en exergue par la suite dans le landernau folklorique de la Cité de Loups. Or, quand on se remémore les personnalités élues et autres (en Gille ou autrement) qui à l’époque nous ont accompagnés, voire même parrainés, il reste bien un mystère là-dessous ! Je précise qu’en quarante ans c’est bien la première fois que je fais mention de cette « anomalie » aussi ouvertement.

Ce sera ma simple conclusion, en me souvenant des bons moments passés avec Dignité et Panache !



Rondeau aux feux de Bengale des « Merveilleux » lors du déplacement à Lausanne. (Photo A.D.)



L’interview d’André Dengis.
Samedi 27 mars 2004



Laetare.be : Monsieur Dengis, très heureux de pouvoir vous rencontrer ! Peut-on vous demander de vous présenter ?

André Dengis : Je suis né à Ivoz-Ramet, en région liégeoise. Ma famille n’est pas originaire du Centre, mais j’y suis venu dès l’âge de 4 ans. J’ai habité 4 ans à Manage ; et c’est à 8 ans que j’ai été inscrit à La Louvière, le 9 novembre 1929. Je suis le petit-fils d’un concierge des cristalleries du Val-Saint-Lambert. Je suis né dans le cristal, d’où mon activité professionnelle dans le domaine du verre. J’ai fait des Etudes Modernes à l’Institut Saint-Joseph, mais j’adore écrire en vers. En fait, je suis triplement « VERT » :
- VERRE : par mes origines au Val.
- VERS : par mon activité littéraire.
- VERT : parce que je suis un supporter acharné de notre club de football, la R.A.A.L.

Laetare.be : Vu vos origines, votre parcours folklorique est d’autant plus étonnant.

André Dengis : J’ai un peu la réputation d’être un homme-orchestre et c’est dans ma nature de donner beaucoup. J’ai toujours compensé ma petite taille par une ardeur et une activité débordantes ! (Rires) Ma mémoire commence parfois à me faire défaut mais j’ai la chance d’avoir une santé terrible. Regardez : à 82 ans, j’ai encore assisté à cette fameuse finale de la Coupe de Belgique de football, opposant Saint-Trond à La Louvière. Quel souvenir, cette victoire dans ce stade Roi Baudouin ! Pour en revenir à votre question, mon activité folklorique n’a duré que 5 ans, et j’avais déjà plus de 40 ans quand je suis « tombé dans la marmite ». Auparavant, j’étais tout au plus un spectateur attentif du Laetare. Je parcourais les rues avec des amis, revêtu du « domino » noir. Une année, j’ai terminé le carnaval au buffet de la gare de La Louvière-Centre, à 11h00 le mercredi matin. Du lundi au mercredi, j’ai dû dormir tout au plus deux heures ! La jeunesse ! J’étais à cette époque un suiveur comme tant d’autres et je ne peux même rien vous relever de particulier.

Laetare.be : Vous vous considérez donc comme un louviérois à part entière ?

A.D. : Bien sûr, c’est ma ville! J’y ai des amitiés nombreuses et très solides. J’ai même côtoyé Achille Chavée, le célèbre poète surréaliste et je n’ai pas peur de dire qu’il figurait au nombre de mes amis. Il n’était pas antipathique comme certains l’ont prétendu, mais il avait un abord un peu froid. Il écrivait parfois des poèmes sur des cartons de bière à « l’Ard’n », ce café de la Place de La Louve. Le conseiller du C.P.A.S. Alain Pourbaix est un de mes amis très proches. J’apprécie énormément ce garçon, soit dit en passant « Boute-en-Train » de coeur. Daniel Poelart est quelqu’un qui m’est très proche aussi, il a même joué de la grosse caisse pour le compte des « Merveilleux » lors de plusieurs déplacements.



Madame et Monsieur André Dengis en 1965 ; lors d’un déplacement extra-muros. (Photo A.D.)



Laetare.be : Reproduiriez-vous de tels déplacements à l’étranger de nos jours ?

A.D. : Je n’ai pas à échafauder des projets ou à spéculer sur ce que d’autres doivent ou ne doivent pas faire. En outre, je ne me porte pas en juge du Laetare actuel, contrairement à certains autres « anciens ». Le carnaval vivra, il deviendra ce que le futur lui réserve, et surtout : place à la jeune génération.

Laetare.be : Lorsque les Gilles « Les Maugrétout » ont été fondés, les fondateurs auraient souhaité utiliser le nom des « Merveilleux ». Si mes informations sont exactes, vous vous y êtes alors opposé. Vous pouvez nous expliquer ce qui a motivé votre refus ?

A. D. : J’ai considéré tout simplement que le souvenir des « Merveilleux » devait rester tel quel, et qu’il était inutile d’essayer de le prolonger de quelque façon que ce soit. Les bons moments passés avec Paul Huart, Jean Hembise et les autres ; ne devaient pas servir de tremplin pour autre chose, ni être réédités. Il y a d’autres raisons que je ne souhaite pas évoquer, parce qu’elles concernent un nombre limité de personnes, et qu’elles ne sont pas liées au folklore. Une société de Gilles, c’est de l’associatif avant tout, ne l’oubliez pas !

Laetare.be : Une anecdote au sujet de ces déplacements ?

A. D. : A New York en 1964, nos louageurs de costumes, Mr et Mme Bonge de La Hestre, nous avaient accompagnés. En effet, après le vol en avion, les chapeaux de Gilles ont été montés sur place par ses soins. Nous fîmes forte impression, les Américains étaient surtout épatés par les chapeaux, ce qu’on peut aisément comprendre. Pourtant, quelle ne fut pas notre surprise en rentrant le soir à l’hôtel, de voir qu’un de nos chapeaux avait été subtilisé en guise de souvenir par un spectateur, inconscient de la valeur et des efforts que cette coiffe représentait. Heureusement nous l’avons retrouvée. Je vous passe l’ « étonnement » de nos louageurs…



La société de Gilles « Les Merveilleux ». [1963-1968] (Photo A.D.)



Laetare.be : Vous nous avez expliqué dans votre résumé les raisons de la fondation des Gilles « Les Merveilleux » ainsi que ce qui vous a motivé à représenter le folklore à l’extérieur par des déplacements. Quelles ont été les réactions à La Louvière suite à cela ?

A. D. : Les réactions furent parfois très vives ! Certains groupuscules de Gilles nous abhorraient ! Je n’ai même pas peur de vous dire que dans certaines sociétés folkloriques, j’ai eu tout le monde sur le dos… C’était perçu comme un crime de lèse-majesté pour le roi Gille ! Certains nous qualifiaient de « mercenaires » du folklore. Le bourgmestre de Binche, Mr Deliège, avait même sollicité dans un quotidien du Centre (édition du 20-21 décembre 1964), que soient prises « des mesures législatives prudentes pour le maintien des coutumes et combattre les abus. Sinon, ce sera la mort des usages qui nous relient au passé ! » Force est de constater, 40 ans après, que malgré les 5 années d’existence des « Merveilleux », le folklore louviérois est bien vivace et que ces déplacements n’ont en rien nui au Mardi-Gras binchois. Le commentateur du journal ajoutait notamment que Monsieur Deliège demandait que le Commissaire général au Tourisme de Belgique, Monsieur Haulot, ne patronne plus le déplacement de « groupes quelconques de Gilles » et regrettait que des Gilles aient été présents au Village Belge de l’Exposition Mondiale de New York. Pourtant, je me permettrai de vous faire remarquer que les « Merveilleux » étaient encouragés par l’Administration Communale de La Louvière. Fidel Mengal, le bourgmestre, nous accordait toute sa sympathie. Au travers de toutes nos réalisations, nous n’avons jamais eu que des félicitations, et pas l’ombre d’une critique, sauf du fait de certains esprits chagrins ou… conservateurs. A noter qu’il y eut quelques personnes à qui ces déplacements ne plaisaient guère. Jules Desmarets, président-fondateur des Gilles « Les Commerçants », avec quelques-uns des ses amis, était de ceux-là.
A l’époque, c’était une mode : « on » jouait aux puristes. Cela était d’autant regrettable, que Jules et moi étions de bons amis ! Nous sommes nés tous les deux en 1921 et avons passés ensemble notre incorporation à l’armée. Pour vous le prouver, je peux même vous raconter une anecdote croustillante à ce sujet. Dengis, Desmarets,.. c’est très proche par ordre alphabétique. Lorsque nous avons subi la visite médicale en 1940, nous avons reçu chacun une piqûre de vaccination. Je lui ai toujours répété par après qu’il s’était évanoui à la suite de celle-ci, et il a fini par le croire. Je suis certain qu’il nous a quittés en étant persuadé d’être « tombé dans les pommes » lors de son incorporation ! Soit… Je vous dit tout cela, mais n’en soyez pas moins persuadés que Jules Desmarets et moi étions en excellents termes, malgré notre différend au sujet du folklore. C’était véritablement un érudit, quelle vivacité d’esprit ! On s’appréciait !

Laetare.be : Jules Desmarets s’est éteint à la fin de cette année 2003. Votre sentiment ?

A. D. : Ah, Jules ! Quel dommage. Je me répète mais c’est bien un vieux copain qui s’en est allé. Nous étions différents et semblables à la fois. Nous avions fréquenté la même école, enduré la même incorporation dans un contexte de guerre. Son décès m’a attristé. Jules Desmarets était d’une grande rigueur au niveau du folklore, trop selon moi, mais c’était sa particularité. Moi, c’est un peu ma gouaille, je dois le concéder ! (Rires) Au-delà des considérations personnelles, ce qui compte, c’est que le Laetare et le carnaval en général restent de grandes fêtes d’amusement.



André Dengis, président-fondateur de la société de Gilles « Les Merveilleux », reçu par le bourgmestre d’Ypres. Fidel Mengal, bourgmestre de La Louvière, est également présent. (de dos, deuxième en partant de la droite) (Photo A.D.)



Laetare.be : En parlant de sociétés d’amusement, que pensez-vous des sociétés de fantaisie qui égayent le Laetare , comme les « Bî-Contints » et autres « Sanchos » ?

A.D. : Mon point de vue, qui est tout personnel, est que je suis quelque peu opposé à la présence de sociétés étrangères au sein du Carnaval de La Louvière. Le Carnaval louviérois se suffit à lui-même ! Je ne conçois pas le Cortège du Lundi autrement qu’avec des Gilles. Concernant les sociétés de fantaisie, je soutiens celles qui sont d’origine locale ou considérées comme telles, par exemple les groupes de Franco Dragone, et les « Sanchos ». Pour moi, la colonne vertébrale du Laetare, c’est indiscutablement le Gille ! Quant aux sociétés de Dames qui suivent les Gilles, c’est très bien ainsi et j’en revendique tant soit peu la paternité car c’est en 1964 à New York que l’idée d’utiliser un habillement de fantaisie pour les épouses et compagnes de Gilles m’est venue à l’esprit. Pour résumer, je trouve que les Gilles de La Louvière sont toujours aussi fringants et je suis convaincu que notre folklore local – et aussi bien sûr dans toute notre région – a encore de beaux jours devant lui.

Laetare.be : Un seul mot pour résumer votre vie ?

André Dengis : Sans hésiter : « abondante » ! Oui, c’est bien ce mot qui convient le mieux, indiscutablement. Et, entre nous, je souhaite que je sois toujours de ce monde le plus tard possible au cours de ce XXIème siècle afin de pouvoir encore en titiller l’un ou l’autre !

Laetare.be : Monsieur Dengis, nous vous souhaitons une excellente continuation et vous remercions pour le temps que vous nous avez consacré. Portez-vous bien !

Propos recueillis par F.S.

André Dengis en quelques mots.



Mon curriculum vitae succinctement résumé en 12 points.


- Etudes : Institut Saint-Joseph à La Louvière. Arts Décoratifs A.M. La Louvière

- Médaillé de la Résistance Armée et autres distinctions honorifiques de guerre

- Ordres nationaux : détenteur de la croix d’officier de l’Ordre de Léopold II

- Ancien inspecteur de la Sûreté de l’Etat, nommé après la libération suite à mes activités dans la résistance. Versé dans les services de l’Auditorat Militaire chargés de l’instruction des dossiers de la collaboration (certes pas une mince affaire et… 60 ans après encore des retombées « de grogne »…)

- Co-fondateur, ancien chef d’entreprise (atelier de décoration vitrifiée sur verre, gobeleterie et flaconnage) ayant occupé plusieurs centaines de personnes pendant près de 35 ans, surtout du personnel féminin jeune et… assez changeant, du fait de raisons familiales particulières (mariage, maternité). A noter, côté professionnel, le « grand » savoir qui m’a été transmis par l’artiste que fut mon père en décoration sur cristal, médaillé des Cristalleries du Val Saint Lambert, près desquelles je suis né !

- Détenteur de la plaquette d’or du Ministère de l’Emploi et du Travail en reconnaissance de mes activités favorisant l’emploi des jeunes

- Fondateur de deux sociétés louviéroises :

* Les Amis de Saint-Maur, ville de la région parisienne jumelée avec La Louvière (Saint-Maur-des-Fossés). Société-sœur des « Amis de La Louvière » pour le rapprochement franco-belge entre les habitants des deux villes.

* « Les Merveilleux », groupe de Gilles destinés à se produire en Belgique et surtout à l’étranger avec « Dignité et panache ».

- Ancien administrateur de la R.A.A.L. (club de foot louviérois de Division 1). Chargé de l’accueil des dirigeants de l’équipe visiteuse mais également des membres de la presse. A rappeler ici l’affaire des « cautions bancaires solidaires et indivisibles » qui a coûté à une quarantaine de personnes un total de plusieurs dizaines de millions d’anciens francs. Et pour la petite histoire (et une grosse catastrophe pour certains) sans qu’on ne nous manifeste, ni maintenant ni auparavant, la moindre reconnaissance…

- Ancien secrétaire du groupe 13 de la R.A.A.L., créé par feu Victor Fagot pour l’organisation de manifestations au profit du club (tombolas, karting, expositions autos)

- Ancien administrateur-gérant de la Société Coopérative de Football Louviérois (Président : Paul Wasteels), ayant la gestion des sept buvettes exploitées par le club. (Triffet et Tivoli)

- Hobby : textes et articles en vers et quatrains sur des sujets variés et d’actualité.

- Age : octo + 3 ; santé : acceptable ; caractère : vif et râ(a)leur !







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