Alfred Pourbaix

1906. Alfred Pourbaix.
Président des « Vieux Paysans louviérois » (1865-1898)
Président des « Boute-en-Train ». (1898-1901)
Président d’Honneur des « Boute-en-Train ». (1910-1914)
(Photo Werder)
Dresser le portrait du " Boute-en-Train " Alfred Pourbaix, un Gille parmi les plus éminents et investis qu'a compté le Laetare, n'est pas une chose simple. La ville, reconnaissante, a d'ailleurs baptisé une rue en son honneur.
La parole est laissée à Monsieur Augustin Gilson, à l'époque bourgmestre honoraire, afin de retracer l'action déterminante qu'a eue Alfred Pourbaix sur le développement des festivités carnavalesques louviéroises.
Le discours suivant fut prononcé le 25 mars 1906 par Augustin Gilson, président d'Honneur de la société de Gilles " Les Boute-en-Train ", à l'occasion des 50 ans de Carnaval d'Alfred Pourbaix, né à Baume en 1843.
La manifestation est organisée par les Gilles de la société et les amis du jubilaire, elle se déroule au café " Le Coq Wallon ", actuellement " Le Fouquet's ", Place Jules Mansart.
La Louvière, le 25 mars 1906.
Monsieur le Président,
C'est pour moi une très grande satisfaction que d'avoir été appelé par les membres et affiliés des Gilles " Les Boute-en-Train ", à vous congratuler à l'occasion de cette manifestation, toute de sympathie et de cordialité, organisée pour fêter votre 50ème anniversaire carnavalesque.
Je n'ai pas la prétention de retracer toute la carrière d'un demi-siècle, en mettant en relief les nombreux résultats de vos constants effort: ce serait m'exposer à bien des oublis involontaires que l'on pourrait peut-être me reprocher.
Je me bornerai tout d'abord à vous rappeler un souvenir de ma plus tendre enfance: c'est qu'en 1856, vous avez fait vos débuts dans la société de masques qui existait à Baume, au " Coutchie " [1] sous la présidence d'Hyppolite Waucquez, pour passer successivement à la société des " Grands pés " établie au " Sot Djef " [2], puis chez " Djean Béchère " à Bouvy, pour venir ensuite fonder avec le concours de quelques camarades, la société des Paysans établie d'abord chez Roulez [3] et plus tard chez D'Hainaut [4]. Je me souviens aussi que la présidence de cette société vous fut confiée pendant une trentaine d'années. (1865-1898)
C'est après la dissolution des " Vieux Paysans " [5] que vous avez fait votre entrée aux Gilles " Boute-en-Train ", en 1892.
Aussitôt votre nomination à la présidence, la société des " Boute-en-Train " prend un essor plus considérable, et je ne crains pas d'être taxé d'exagération en vous déclarant qu'elle figure au premier rang parmi notre cortège carnavalesque, dont la renommée n'est plus à faire.
De tout temps, vous avez été la joie et la gaîté du Carnaval, vous avez aussi su joindre le plaisir au bien-être et c'est grâce à votre amour et votre persévérance pour le Carnaval, que le cortège du Laetare a pris une si grande extension et a acquis une si grande renommée dans le pays.
Aussi, je crois être l'interprète de tous mes concitoyens et des commerçants louviérois en particulier, pour vous remercier et vous rendre l'hommage auquel vous avez droit.
Déjà, il y a quelques années [6], nous avons eu le plaisir de vous offrir le grimaçant Triboulet [7], nous avons pensé qu'en raison des services rendus, ce faible gage de notre estime était insuffisant.
C'est pourquoi, au nom de tous ceux qui ont pu apprécier hautement vos qualités de Louviérois entièrement dévoué à la prospérité de notre belle cité, nous avons l'honneur de vous prier d'accepter ce modeste témoignage de leur gratitude et de leur affection.
Nous avons fait appel au talent incontesté de l'illustre peintre Herbo pour immortaliser les traits du cher président du Carnaval louviérois: Alfred Pourbaix. (Des fleurs sont offertes à Madame Pourbaix.)
Puissions-nous, cher Président, vous trouver de nombreuses années encore à la tête des " Boute-en-Train " louviérois, tel est le vœu que tous nous formons en cette circonstance.
Signé: Augustin Gilson.
Le portait est découvert, le peintre Herbo est félicité, et un album contenant les noms de tous les souscripteurs est remis au président jubilaire. Inutile d'ajouter que les bouchons ont sauté et que l'on fit un " pas " de Gille.
L'après-midi, en ce beau jour, vers 16h00, les Gilles " Les Boute-en-Train " furent reçus par leur président. Ce dernier fut encore congratulé par un groupe de demoiselles en costume. Elle représentaient " La Presse ".
Tout se passa heureusement au cours de ce Laetare, à part le temps qui fut détestable le dimanche. Et le journal d'ajouter: " Le lendemain, le soleil fit fondre la neige. […] Il y a foule, l'espoir est au cœur, le sourire aux lèvres, et les fourmis aux jambes ! ".
Après avoir remis les primes aux sociétés participantes, Monsieur Fidèle Cornet, président de l'Association des Commerçants, remet à Alfred Pourbaix une médaille en or frappée à son attention, sous les applaudissements de l'assistance.
Alfred Pourbaix est décédé à La Louvière, le 11 février 1930.

Les " Boute-en-Train " devant le Château Gilson en 1955.
Alfred Pourbaix a disparu depuis 25 ans, pourtant son dynamisme et son dévouement ont montré l'exemple : la société est prospère. Elle reste le premier groupe de Gilles à s'être implanté dans le Centre-ville. (Ph. Collection Lescart)
[1] Local situé à la " Citadelle " de Baume, à la Chaussée, près de la ruelle Clarat.
[2] Local situé à la Chaussée, vers le Haut de Baume.
[3] Le Salon Roulez est actuellement le café " Le Ring ", au Pont de l'Olive.
[4] Mme Veuve D'Hainaut était la tenancière du local des " Gymnastes de l'Avant-Garde libérale ", situé rue des Amours, 60.
[5] L'information relative à la date de cette dissolution est sujette à caution. En effet, les " Vieux Paysans " ont continué à exister après le départ d'Alfred Pourbaix, en 1892. Il semblerait même que celui-ci en ait occupé la présidence jusqu'à sa dissolution en 1898, alors que, chose pour le moins étonnante, il était Gille aux " Boute-en-Train ". Camille Adam, membre fondateur des " Boute-en-Train ", a confirmé cette information à l'époque.
[6] A l'occasion de son 50ème anniversaire [1843-1893]
[7] Un bronze d'art
Retour