Les Boute-en-Train

En 1884, les premiers Gilles du Centre-ville apparaissent dans la société d’Alfred Pourbaix, les « Vieux Paysans ». Ils étaient 7 ou 8 avec leurs hauts chapeaux. Il s’agit de Jean-Hubert Jongen, Hector Hector, Camille Adam, Louis Liénaux, Abel Hautier, Louis Philippe, Jules Malbecq, Elie Allard.

Sur une photo prise en 1890, figurent deux Gilles de ce groupement hybride qui, comme son nom l’indique, est avant tout constitué de Paysans et, dans une moindre mesure, de clowns et de costumes divers. Les deux Gilles en question sont Jules Malbecq et Louis Liénaux. Le costume du premier, à gauche, est déjà un ancien costume à cette époque : il s’agit de la première tenue avec haut chapeau de l’époque 1878 à 1885.



Deux Gilles des « Boute-en-Train » en 1892 : Jules Malbecq et Louis Liénaux. Le costume de gauche date des années 1880, il est déjà vieux pour l’époque. Le modèle de celui de droite apparaît vers 1885-1895. Il sera encore porté en 1900.



Ecoutons Camille Adam nous conter la naissance des « Boute-en-Train ». (Extrait du Journal « Les Nouvelles », 1936.) :


« 1890. La société d’Alfred Pourbaix était composée de Paysans et de quelques Gilles dont j’étais : il y en avait huit ou dix qui se mettaient en deux rangs, en avant de la musique, les Paysans se plaçant derrière l’orchestre.
En 1891, je proposai à Jean Jongen, chef de fabrication à la faïencerie Boch, de former une société exclusivement composée de Gilles. Ce fut fait : j’en devins le secrétaire et la cheville ouvrière et Jean Jongen, le président. Le local était situé chez Louis Philippe, place Mansart, au local des Fanfares de Kéramis. (NDLR : actuellement l’endroit est occupé par un commerce de papeterie, précédemment dénommé : « La Palette ».)
La première sortie eut un grand succès : une quinzaine de Gilles dont Ernest Hautier, Victor Lequime, Elie Allard, Hector Hector, Jean Jongen, Louis Liénaux, Louis Philippe, Pary, Camille Adam, Ursmar Gojfroid,...
Les Boute-en-Train étaient nés. L’appellation fut suggérée par le président Jean Jongen.
Cette année, les « Vieux Paysans » continuèrent à exister en faisant appel à des gilles étrangers. L’année suivante, en 1892, le conflit s’apaisa et Alfred Pourbaix, deux ans après, se décida à faire le Gille. Monsieur Augustin Gilson devint notre président d’Honneur.
Hector Hector, qui est encore en vie, pourrait confirmer ce que j’ai raconté ci-dessus.

La Panne, le 24 mars 1936. Signé : Camille Adam, dit Cantia. »


Augustin Gilson, premier président d’Honneur des Boute-en-Train, fut par ailleurs un industriel important et le bourgmestre de La Louvière de 1891 à 1898.



Augustin Gilson en 1890. Il fut le premier président d’Honneur des « Boute-en-Train » et le bourgmestre de La Louvière de 1891 à 1898.



La société s’attache donc comme président Jean-Hubert Jongen, dit « Djean-Djon ». Né à Maastricht en 1839 et maître-mouleur de profession, il émigra à La Louvière pour travailler à la Faïencerie Boch Kéramis. Curieux parcours que celui de cet artisan du Limbourg hollandais, dont la naissance ne laissait nullement augurer qu’il deviendrait président-fondateur d’une société de Gilles de La Louvière ! L’histoire devait retenir qu’il fut le premier président des Boute-en-Train, mais c’est aussi en grande partie sur l’insistance de Camille Adam que fut fondée la société.

Jean-Hubert Jongen présidera jusqu’en 1898, date de sa disparition.



Jean-Hubert Jongen, né à Maastricht en 1839 et décédé à La Louvière en 1898. Président-fondateur des « Boute-en-Train », il était maître-mouleur aux Faïenceries Kéramis.



En conséquence, la présidence des « Boute-en-Train » fut reprise cette année-là par Alfred Pourbaix et ce, jusqu’en 1901. Ce dernier constitue un des Gilles les plus investis et dévoués qu'ait jamais compté La Louvière.

En 1891, la participation des « Boute-en-Train » n’est pas encore signalée dans le Cortège du Lundi. Ce sera le cas l’année suivante en 1892. Par après, la société ne devait plus jamais être absente du cortège, exception faite de l’année 1898, qui vit le décès du président-fondateur.

En 1898, le local est établi chez Pieters, sur la Place Mansart.
Hector Hector assume la présidence de 1901 à 1909.



1906. Hector Hector, président des « Boute-en-Train » de 1901 à 1909.



C’est le 25 mars 1906 que furent célébrés les 50 ans de participation carnavalesque d’Alfred Pourbaix. A cette occasion, une réception fut organisée et un discours prononcé par Augustin Gilson, président d’Honneur et bourgmestre. Le texte du discours peut être consulté ici.



1903. Les « Boute-en-Train » arrivent sur la Place Mansart.



De 1910 à 1914, la société connaît beaucoup de départs et c’est Georges Monard, trésorier, qui est considéré comme le président faisant fonction. Il doit néanmoins faire appel à une succession d’intérimaires pour mieux se consacrer à la gestion financière du groupement. Ces présidents consécutifs s’appellent Georges Nopère, Zéphir Boitte, Georges Smeekers, Noël Roulez. C’est le sort de toutes les sociétés que de connaître des moments difficiles. Alfred Pourbaix, désormais président d’Honneur depuis 1910, en est profondément peiné.



1903. Jules Malbecq, Gille aux « Boute-en-Train ».



En 1913, on compte à peine une vingtaine de Gilles chez les « Boute-en-Train ».
Ecoutons Fernand Clarat nous conter cette époque héroïque :
« Jusqu’alors, les Boute-en-Train n’étaient pas tellement nombreux (20 à 30), mais pour l’époque, ce n’était pas si mal.
En 1914, une dizaine de jours avant le Laetare, les Boute-en-Train se demandaient s’ils allaient sortir. Il n’y avait seulement que 7 inscriptions. Comme j’avais déjà fait partie du groupe en 1911, car je faisais d’habitude le Gille à Baume ou à Haine-Saint-Paul avec le Groupe Soulette, j’entretenais d’amicaux rapports avec Georges Monard. (...)
Or, la « bande » des Gilles de Baume ne pouvait réunir que 8 unités et avait même décidé de dissoudre la société, vieille de tant d’années ! C’est ainsi que Georges Monard proposa aux Baumois de se joindre aux Boute-en-Train. De la sorte, on sauva l’honneur : on fut près d’une vingtaine au Rondeau du Dimanche et au Cortège du Lundi. »


En août 1914, la 1ère guerre mondiale éclate et ce n’est qu’en 1920 que le Carnaval renoue avec la tradition. Apparaissent cette année-là, les plus hauts chapeaux de Gilles qu’on ait jamais vus: certains mesurent près d’1m20, ce qui est énorme et impose au Gille des efforts permanents pour le tenir en équilibre.

Joseph Brismet, l’artiste et poète que l’on connaît mieux sous le surnom du « D’Jobri », rejoint la société. Le local s’établit alors chez lui, au café « Le Coq Wallon », Place Mansart.

La présidence est confiée à Fernand Clarat, tandis que Max Gilson prend la succession d’Hector Hector à la présidence d’Honneur, poste qu’il assumera jusqu’en 1940.



Le « Boute-en-Train » Nestor Barbé au Laetare 1938.



La renaissance des Boute-en-Train s’affirme d’une remarquable façon grâce surtout au dévouement et à la générosité de ses nouveaux présidents. Fernand Clarat insiste surtout pour que le nom de la société soit mis à l’honneur. Ses Gilles sont bien dignes d’être désignés de la sorte. Déjà dès les premières soumonces, les rangs sont largement fournis, les sorties menées avec entrain et la batterie livre des prestations brillantes.

La liste des Gilles de 1920 à 1939 comporte 83 noms différents.

Les carnavals sont suspendus durant la seconde guerre mondiale, de mai 1940 à mai 1945. Ce n’est qu’en 1946 que la vie folklorique reprend ses droits.

En 1949, Fernand Clarat cède la présidence à Léon Francq, qui occupera le poste jusqu’en 1950. Jean Pollaert lui succède en 1951 et 1952. Fernand Clarat occupe pour sa part la présidence d’Honneur, laissée vacante par le départ du regretté Max Gilson.



1949. Un « Avant-Dîner » avec les « Boute-en-Train ».
De gauche à droite: Nestor Barbé, Hector Vray, Camille Humbled, Robert Delmarche, Fernand Clarat, Herman Pourtois.



Au secrétariat, André Capot succède à Robert Brouwet, lui aussi décédé, tandis que Léon Francq occupe la seconde présidence d’Honneur.
Le Docteur Herman Pourtois est nommé troisième président d’Honneur.
Le groupement prospère et le nombre des membres dépasse la centaine en 1953, lorsque Marcel Meunier reprend la présidence, qu’il occupera jusqu’en 1975. Les Boute-en-Train prospèrent et on doit renforcer l’orchestre de nombreuses unités. Comme c’est souvent le cas lorsqu’une société devient nombreuse, des dissensions apparaissent entre les participants et une scission survient en 1961 : un groupe de Gilles des Boute-en-Train, emmenés par Jules Desmarets, fonde une nouvelle société: les Gilles « Les Commerçants » étaient nés.



Laetare 1962. Marcel Meunier, président des « Boute-en-Train » de 1953 à 1975.



André Capot ayant quitté la société, son poste de secrétaire est attribué à Emile Bonnenge.

En 1961, à l’occasion du 75ème anniversaire (1884-1961), un album commémoratif est confié à la Commission du folklore du Syndicat d’Initiative. Il contient un abondant recueil de photographies et de souvenirs, ainsi que la liste des Gilles, établie par périodes et le plus complètement possible. Le 10 décembre 1961, en tenue de Soumonces, les Boute-en-Train quittent leur local avec leur orchestre au complet. Un banquet mémorable les attend à l’Ecole des Arts et Métiers. Bien sûr, le D’Jobri avait composé une « djobrinade » spéciale en mémoire de ce beau jour.



Les « Boute-en-Train » en 1965. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.



Jean Huygens accepte la quatrième présidence d’Honneur et, en 1976, Pol Wasteels succède à Marcel Meunier au poste de président des Boute-en-Train.

En 1986, les Boute-en-Train ont fêté leur centenaire de fort belle façon, en égrenant cette année-phare de nombreuses manifestations, à l’échelle de la ville. Celle que beaucoup ont encore en mémoire n’est autre que le spectacle qui fut donné au Théâtre Communal. Le temps d’une soirée, une salle comble a vu devant elle une représentation fidèle et historique, dépeignant la société de ses origines à maintenant. Une collection entière de costumes folkloriques anciens avait été reconstituée expressément pour l'occasion et une mise en scène impressionnante déployée.

Les initiés auront reconnu la signature de l'actuel président Pol Wasteels et de toute son équipe, attachée au patrimoine folklorique et acquise à la prospérité des Boute-en-Train. Assurément, une superbe réalisation et un moment d'anthologie!

A l'occasion des soumonces générales, le groupe adopta pour la première fois le port du travesti, décision qui ne se prit pas à l'époque sans quelques discussions. Ce fut une réussite, car les membres rivalisèrent de beauté et d'originalité. Quand la société se retrouva au complet, elle se dirigea vers la salle des fêtes de l'Institut des Arts et Métiers, pour participer avec tambours et musique à un banquet mémorable. Ce 22 février 1986, les " Boute-en-Train " formaient un ensemble de 160 participants, la batterie étant dirigée par Willy Poelart et la musique par Victor Flament.

Le comité du centenaire en 1986 :

nPrésidents d'Honneur: Zénobe Wasteels et Marcel Meunier
nPrésident: Pol Wasteels
nVice-présidents: Robert Depreter et Hubert Pourtois
nSecrétaire: André Robise
nSecrétaire adjoint: Guy Wantiez
nTrésorier: Jacques Borgniet
nMembres: Florent Adriens, Michel Bonnenge, Claudy Deleener, Michel Hautois, Christian Miot, Jacques Runy, Roger Vanbercy, Jean-Pierre Vandendaele, Yves Wasteels

La société compte actuellement un effectif de 210 Gilles. Son Brûlage des Bosses, chaque mardi du Laetare, à 21h30 sur la Place Mansart, constitue un moment intense du Carnaval de La Louvière.

Le local des Boute-en-Train est établi au café " Le Fouquet's ", Place Jules Mansart, 7, à La Louvière.
La société peut être contactée via l’email boute-en-train@laetare.be


Cortège du Lundi 1895. Les " Boute-en-Train " rejoignent le Drapeau Blanc.

1903. Les « Boute-en-Train » passent au Drapeau Blanc.

1900. Le « Boute-en-Train » Georges Leduc. Il tenait un commerce de chaussures à l’entrée de la rue Albert 1er.



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