A la fin du 19ème siècle, le Centre-ville louviérois connaît une prospérité grandissante.
Les nouvelles constructions se succèdent à grande allure. Au coin des rues de Bouvy et Sylvain Guyaux, on démolit notamment en 1902 l’ancienne Mercerie Evrard qui avait pour enseigne un drapeau blanc, un détail de sa façade qui devait ultérieurement donner son appellation à ce lieu qui constitue le centre vivant de La Louvière, et où convergent la plupart de ses artères principales: le " Drapeau Blanc ".
Le quartier acquiert peu à peu son identité propre, ce qui se traduit aussi par une certaine effervescence au niveau de son activité folklorique. La fondation récente des Gilles « Boute-en-Train » le prouve, mais elle n’est pas la seule à survenir alors.
En effet, en 1897, se formait un important groupement qui anima le Carnaval louviérois durant une quinzaine d’années : la société de Clowns « Les Bî-Contints ».
C’est au « Feureu » (le Carnaval de Morlanwelz, une cité voisine), où ils s’étaient rendus déguisés en clowns en 1897, que quelques jeunes gens du centre de La Louvière décidèrent de se constituer en société pour participer au Laetare.
Ainsi naquit la société « Les Bî-Contints ». Elle avait son local chez un dénommé Blairon, à la rue du Marché.
Leur devise était « Plaisir et Union ».
Au départ, ce sympathique groupement comptait 62 clowns, chiffre important pour l’époque. Ils étaient accompagnés d’un orchestre de 10 musiciens et possédaient leurs airs de musique propres.
L’originalité du « Bî-Contint » : c’est un clown portant perruque et lançant des oranges comme un Gille. Son orchestre joue alternativement des marches, des airs à la mode très entraînants, des airs de Gilles et naturellement, les airs originaux propres aux « Bî-Contints ».

Epoque 1900. Costume d’enfant « Bî-Contint ».
Le règlement veut que le costume soit uniforme pour tous et modifié chaque année. La cotisation mensuelle est fixée à 1 franc pour l’acquisition du travesti et à 10 centimes pour la cagnotte de la musique.
Le costume du « Bî-Contint » est constitué de la combinaison classique du clown : en satinette noire, rubis, rose ou orange selon les années. Le boléro est ourlé d’or, brillant de couleur et décoré de motifs pailletés. Sur la tête, une coiffure bizarre qui fait à la fois office de chapeau et de perruque. Celle-ci est surmontée de une, deux, trois pointes selon les années également. Enfin, une collerette déposée sur les épaules complète le travesti.
1898. En noir, avec des parements jaunes, les « Bî-Contints » connaissent un gros succès au Cortège du Laetare et à Houdeng, le dimanche.
Le groupement est précédé d’une armature en osier représentant un cheval, qui est porté par un danseur glissé à l’intérieur. Ce cheval-godet en osier est tapissé de satin multicolore et orné de rubans, il est monté à l’époque par Arthur Tamignaux.

Epoque 1900. Costume d’enfant « Bî-Contint ».
1901. Les « Bî-Contints » se distinguent à Jemappes, à Houdeng, au Cortège du Lundi à La Louvière et à Jumet. Ils portent cette année la perruque à trois pointes et leur succès va grandissant. Ils sont 150 clowns.
1902. Deviennent-ils trop nombreux ? Les jeunes éprouvent-ils un besoin d’indépendance ? Quoi qu’il en soit, leur devise « Plaisir et Union » se trouve en péril. Ce sera finalement pour une prétendue question de local que la scission deviendra réalité.
Les « Bî-Contints » maintinrent leur local à la rue du Marché, tandis que certains des leurs, avec leur nouveau président Philippe Muller, s’établirent à la Place Mansart voisine. Ce seront les « Vrais Bî-Contints ». Au Cortège du Lundi, les anciens « Bî-Contints » furent conduits par leur président Oscar Van Achter. Ce sera leur dernière sortie car la scission leur fut fatale.

Philippe Muller était né en 1879, au sein d’une des nombreuses familles luxembourgeoises qui s’installèrent à La Louvière de 1841 à 1844, pour travailler aux Faïenceries Kéramis. Ses origines ne l’empêchèrent pas d’être un excellent interprète de théâtre wallon et un folkloriste hors pair. Il mourut en 1968.
En 1902, les « Vrais Bî-Contints » participent au Rondeau du Dimanche matin, à La Louvière. Les clowns sont en tenue rubis avec boléro vert. La même année, ils participeront à la Cavalcade du Doudou à Mons et ils seront reçus par la ville de Liège. Ils y feront sensation et feront connaître le Carnaval louviérois dans la région liégeoise. Depuis lors, Liège se fera représenter plusieurs fois au Cortège du Laetare.

1902. Les « Vrais Bî-Contints », conduits par leur président Philippe Muller, participent au Rondeau du Dimanche matin.
Les clowns sont en tenue rubis avec boléro vert.
1903. Tenté par le costume du Gille, Philippe Muller cède la présidence à son beau-frère Arthur Tamignaux, pour se joindre aux « Boute-en-Train ». Le costume du clown fut remplacé par celui du pierrot avec chapeau pointu, ainsi que le montre la photo ci-après d’un « Vrai Bî-Contint ».

1903. Le « Vrai Bî-Contint » Louis Nicaise.
Il était chef de division du service de la Population à l’Administration Communale.
De 1904 à 1910, les « Vrais Bî-Contints » se produisent dans les cortèges des Carnavals de La Louvière et d’Houdeng, ainsi que dans des cavalcades à l’étranger.
Le 7 avril 1911, les « Vrais Bî-Contints » se réunissent dans un nouveau local, face aux Faïenceries Kéramis, mais il n’y aura plus de trace de leur participation au Cortège du Laetare, plusieurs de leurs membres ayant opté pour le Gille. Ils laisseront pourtant un souvenir durable.
Actuellement, la mémoire et le nom de cette ancienne société de clowns se perpétue. En effet, depuis 1995, un groupement de costumes et de travestis a repris le nom des « Bî-Contins » et crée une animation particulière durant les jours de Laetare, avec un orchestre qui ne joue exclusivement que des airs dits « de fantaisie ».
La société des « Bî-Contins » peut être contactée via l’email bi-contins@laetare.be
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