Interview folklore numéro 2
Willy Poelart 50 ans de Tambour

Le lundi 4 mars 2002, La Louvière s’apprêtait à vivre dans moins d’une semaine son Laetare. C’était aussi la date d’un rendez-vous convenu avec Willy Poelart, ce chef de batterie très connu, aussi acteur patoisant sur une chaîne de télévision régionale : Antenne Centre. L’occasion nous a semblé belle de mettre en évidence ce personnage emblématique de la vie associative et folklorique de la région du Centre, d’autant plus qu’il fêtait en ce Laetare 2002 ses 50 ans de tambour.

En nous rendant à son domicile à Ressaix, nous croisons sur la chaussée d’Haine-Saint-Pierre plusieurs voitures revenant de Binche, un magnifique chapeau de Gille déposé sur le siège passager. C’est le retour du Laetare, les jours se décomptent fébrilement, il règne un je-ne-sais-quoi dans l’atmosphère qui invite à retrouver les plaisirs sains du carnaval. Willy Poelart et Jeannine son épouse nous accueillent cordialement. A peine quelques minutes plus tard, nous étions plongés dans cette interview captivante que nous vous livrons.

Laetare.be : Madame et Monsieur Poelart, tout d’abord nous vous adressons un chaleureux merci pour avoir accepté de nous recevoir. Willy, si nous vous demandions de vous présenter en quelques mots, que nous diriez-vous ?

Willy Poelart : Je suis né à Haine-Saint-Paul en 1942, au lieu-dit « Le Chef-Lieu », sur la Place Adolphe Caffet. Mon père était mineur, ou plus exactement « incinérateur », c’est-à-dire qu’il était chargé d’examiner la qualité du charbon. Ma mère a tenu une épicerie pendant 30 ans, au même endroit. Ma grand-mère était marchande de légumes, et pour tout vous dire, c’était aussi une célébrité locale pour ses crèmes glacées ! (Rires) J’ai fait toute ma jeunesse dans le fond d’Haine-Saint-Paul.



Willy Poelart a fêté ses 50 ans de tambour en 2002. C’est un tamboureur célèbre dans toute la région du Centre. Ses coups de baguette l’ont aussi mené dans presque toute la Belgique, mais aussi en France, en Italie, et même aux Etats-Unis en 1988. (Photo WP, Laetare 1992, avec un élève)



Laetare.be : Quel est votre parcours, comment est née votre passion pour le folklore du Gille et le carnaval ?

Willy Poelart : Mon père jouait du tambour pour la société de fantaisie « Les Pierrots » à Haine-Saint-Pierre, ensuite pour les « Joyeux Moufflus » à La Louvière. Assez curieusement, il n’a jamais souhaité jouer pour une société de Gilles. C’était un tamboureur reconnu, qui avait un jeu très fin et précis, c’était un « tricoteur ». Sans doute le fait de jouer des airs de fantaisie lui permettait-il dès lors de s’exprimer plus librement. Je considère que j’ai vraiment été tamboureur à partir de 18 ans mais j’ai déjà joué pour les Pierrots avec lui de 10 à 18 ans. La cadence était beaucoup plus rapide et en quelque sorte, je me suis « fait les bras » dans cette société. Quoi qu’on en dise, j’estime que c’est plus dur de jouer les airs de fantaisie que les airs classiques de Gilles.

LBE : Vous n’avez jamais eu l’occasion d’être Gille en tant que tel ?

WP : Non, dès 10 ans, je jouais mon premier carnaval à Haine-Saint-Pierre, un peu par accident, et aussi à La Louvière pour les « Joyeux Moufflus ». C’était donc en 1952. Les batteries étaient composées de 3 tamboureurs, plus un joueur de caisse, pour une société de 90 Pierrots. Un tamboureur, Gaston Parée, a contracté une embolie et est tombé malade. A 10 ans, l’occasion m’était ainsi donnée de dépanner mon père. Plus tard, on est venu me rechercher parce que ce tamboureur ne s’est jamais rétabli. Je devais lui succéder dans cette batterie. C’était une grosse responsabilité : des sociétés de près d’une centaine de participants avec une batterie de 4 personnes et 8 musiciens de bouche seulement! Pas de place pour les hésitations, mais j’ai eu la chance d’avoir un excellent professeur de tambour, Fernand Dehoux, qui connaissait très bien la musique.

LBE : Quel regard jetez-vous sur les batteries actuelles, à 8,9, voire parfois 10 tamboureurs et 2 caisses ?

WP : Je regrette un peu cette course à la performance. Le détail s’efface, reste seul le volume sonore de l’ensemble. Les qualités individuelles des tamboureurs se fondent face au groupe, certains apprécient, mais ce n’est pas mon point de vue. Je regrette aussi profondément la façon dont s’alignent et se pressent les Gilles face aux tambours à la ligne de fond, surtout à La Louvière. Ce n’est pas esthétique vu de l’extérieur, le Gille doit évoluer librement dans sa société, et sur ce point je préfère ce qui se fait au Carnaval de Binche. Une société de Gilles n’est pas un bataillon de soldats, c’est un groupe où tout un chacun doit pouvoir évoluer librement. Les proportions que prennent les sociétés de Gilles m’inquiètent parfois aussi. Des groupes de 180, 200 Gilles ! Les Gilles les plus en avant se trouvent à 25, 30 mètres de la musique ! Que reste-t-il de l’aspect musical de ce qu’ils entendent? Pas grand-chose. D’ailleurs, je vous mets au défi d’en trouver un qui danse encore bien en cadence à cette distance... En outre, certains Gilles ne se connaissent pas. Ce n’est pas normal au sein d’une société d’amusement. Que dire aussi de la disparition des petites sociétés ? Pour continuer dans l’exemple du carnaval louviérois, je crois que la finalité n’est pas de s’y retrouver avec 3 sociétés de 250 Gilles. Il devrait sans doute y avoir un soutien plus ferme des sociétés les moins importantes en taille.

LBE : Que pensez-vous de la création des Gilles « Les Indépendants », il y a 5 ans ?

WP : C’est merveilleux ! En outre, ça m’a l’air bien parti, et les fondateurs sont d’autant plus méritants que le contexte de notre région reste difficile et peu favorable finalement pour une telle entreprise. C’est une bouffée d’oxygène dans le folklore. On ne peut pas accepter la concentration en grosses sociétés comme une fatalité. Je suis peut-être sévère mais pourtant Dieu sait si j’aime bien le carnaval.

LBE : Quel a été votre parcours après les « Joyeux Moufflus » de La Louvière ?

WP : J’y ai joué jusque l’âge de 18 ans. Les Moufflus ont disparu dans le courant des années 60. (NDLR : en 1962) Vous imaginez aisément qu’à leur dissolution je piaffais pour aller jouer pour les Gilles, un peu à l’inverse de mon père d’ailleurs. Il m’a fait rentrer dans la batterie du « Gros Aimé », où jouaient les Clarat, des tamboureurs binchois bien connus. Cette batterie jouait pour une société du fond d’Haine-Saint-Pierre, dirigée par un de mes cousins. Il y avait certainement une dizaine de membres de ma famille qui y étaient Gilles. Mon cousin m’a introduit auprès des Clarat, qui m’ont accepté dans la batterie malgré le fait que je n’étais pas Binchois. Avec les années, je reconnais que s’ils m’ont pris, c’est sans doute parce que j’étais parent avec le président de la société et surtout parce qu’ils n’ont pas osé lui refuser ! (Rires) Néanmoins, j’ai dû tout réapprendre pour jouer tout à fait dans leur style. Mon ami « Jojo Ducoeur », un garçon orphelin d’Haine-Saint-Paul, avait été le dernier élève de Désiré Clarat. C’est lui qui m’a tout enseigné: comment monter mes tambours, choisir mes peaux, etc. C’était tout un art à l’époque, encore plus que maintenant.



Willy Poelart et son frère Daniel, à gauche. Le cliché date de la fin des années 60, époque à laquelle Daniel jouait de la grosse caisse aux Gilles « Les Commerçants » de La Louvière. Les deux frères allaient être réunis quelques années plus tard au sein de la batterie des Gilles « Les Boute-en-Train ». Actuellement, ils continuent à jouer ensemble au Laetare pour le groupe de fantaisie « Les Bî-Contints ». (Photo WP)



LBE : Comment avez-vous appris à jouer du tambour ? Certains tamboureurs racontent que le meilleur truc pour bien apprendre, c’est de ne pas jouer sur le tambour directement, mais de positionner les frappes sur un bottin de téléphone, une table, etc, afin que la précision du coup ne soit pas masquée par la résonance du tambour.

WP : En fait, il n’y en avait pas tellement qui soutenaient cela alors. Dans le bas du quartier de Baume, Augustin Rochefort était un très fin tambour, un équivalent louviérois de Désiré Clarat. Il a donné cours à beaucoup d’élèves et les faisait jouer sur des chaises en bois. Ils n’apprenaient pas tout de suite à jouer sur le tambour. Personnellement, je n’ai jamais été un fervent partisan de cette méthode, car la finalité reste de jouer sur le tambour. Enfin, il faut reconnaître que si l’on apprenait à jouer d’abord sur une chaise, le fait de jouer par après sur l’instrument faisait ressentir la même sensation que celle d’un footballeur qui délaisse un champ de boue pour une pelouse à l’anglaise ! (Rires) On jouait bien évidemment sur des tambours montés avec des peaux de veau, plus difficiles de jeu. Les grosses caisses utilisaient des peaux de chèvre ou de baudet, plus épaisses. La pluie était le pire ennemi de ces peaux. Quelques gouttes de pluie et un coup de baguette mal placé et vous étiez bon pour un démontage de votre tambour. Quand le temps était pluvieux lors d’une prestation, on se battait presque pour arriver près du poêle au charbon déposer nos instruments afin qu’ils sèchent ! Et ce, malgré les plastiques dont on les recouvrait.

LBE : La société ne repartait que lorsque les peaux étaient sèches ?

WP : Non ! Les Gilles ne s’occupaient pas de ça ! Certes, le temps d’arrêt était limité mais tout le monde était habitué et laissait la place aux tamboureurs. Il fallait néanmoins être prudent. Une peau qui séchait trop vite dans le bistrot cassait parfois net avec le choc thermique lorsque la société repartait et qu’on se remettait à jouer à l’extérieur. On devait doser vraiment le séchage et la force avec laquelle on jouait en repartant. Les baguettes étaient en outre plus lourdes, car on devait faire sonner un tambour monté en peaux naturelles, avec en plus des plastiques sur le côté de frappe.

LBE : Comment êtes-vous devenu le chef de batterie des Gilles « Les Boute-en-Train » à La Louvière ?

WP : J’avais acquis une bonne réputation. Je suis devenu chef de batterie très jeune, à 23 ans exactement, quand Marius Clarat s’est retiré de sa batterie à Haine-Saint-Pierre. J’ai immédiatement fondé ma propre batterie, avec des amis d’Haine-Saint-Paul et de La Louvière. Ma batterie a duré pendant une dizaine d’années environ. J’ai donc commencé à faire un peu tous les carnavals : Bracquegnies, La Louvière, au départ avec la petite société de Gilles du quartier de Bouvy : les « Gais Amis » présidés par Ottavio Bianchini.

LBE : Ottavio Bianchini ? N’est-ce pas lui qu’on surnommait le « plus wallon des Italiens » ?

WP : Oui ! C’était merveilleux et j’en conserve des souvenirs fabuleux. La société partait de la gare de Bouvy, elle était constituée principalement de Gilles d’origine italienne, il y avait aussi des Siciliens. En tant que tamboureurs, nous étions reçus chez eux comme des ambassadeurs ! Ils distillaient des liqueurs spécialement pour le carnaval, leurs épouses confectionnaient des biscuits particuliers qui étaient délicieux. Ces gens-là, malgré leurs origines, se sentaient comme chez eux au carnaval. Je les connaissais très bien, car à l’époque je travaillais à la gare de Bouvy. La société était petite par son nombre : il n’y a jamais eu plus de 40-45 Gilles, mais la taille des participants était elle aussi plus proche du mètre 60 que du mètre 80 ! (Rires) Un jour, j’ai quitté la batterie, un peu sur un coup de tête, parce que mes tamboureurs me connaissaient sans doute depuis trop longtemps et de ce fait, je n’avais plus assez d’autorité sur eux. Je suis dès lors parti avec Robert Caudron, le chef de batterie des « Boute-en-Train », qui m’a embauché pour les 8 carnavals qu’il jouait chaque année. Peu après, dès qu’il eut pris la décision d’arrêter, il m’a cédé tous ses contrats, parce qu’il jugeait que j’étais le plus apte à négocier avec les présidents et comités de société. J’étais sans doute le plus intellectuel de la batterie, ceci dit en toute modestie, mais j’étais surtout le dernier arrivé dans le groupe, et cela a suscité pas mal de commentaires. Le groupe ne tournait plus très bien, aussi j’ai carrément refondé ma propre batterie avec mes deux fils. J’ai attendu qu’ils aient 13, 14 ans. Dès 1977, la première année où j’ai joué aux « Boute-en-Train », mon frère Daniel nous a rejoint à la grosse caisse car il jouait précédemment avec les Gilles « Les Commerçants ». J’ai démarré ma ligne de tambours avec quatre gamins de 15 ans : Dominique et Freddy, mes deux fils, Marc Foucart, l’actuel chef de batterie et Manu. En bon accord, Robert Caudron m’a laissé par après ce contrat.



Willy Poelart et Robert Caudron, lors d’une répétition de batterie aux « Boute-en-Train » en 1977. (Photo WP)



LBE : Comment s’est passée cette transition ?

WP : Le passage de flambeau entre deux chefs de batterie est toujours un moment particulier. Ca ne se fait pas sans un pincement au cœur, car tout ce qui a trait au carnaval a toujours une connotation un peu sentimentale. Lors de son dernier carnaval en tant que chef de batterie des « Boute-en-Train », Robert Caudron a quitté le mardi de Laetare à minuit. Il a appelé le président Paul Wasteels et lui a tout simplement dit : « Je retourne, j’en ai assez, tu finiras bien ce carnaval sans moi. » Le président m’a ensuite demandé ce qui se passait et je lui ai dit que Robert était parti et qu’on ne le reverrait sans doute plus. J’ai terminé cette dernière nuit de carnaval en dirigeant ses tamboureurs, lesquels n’étaient évidemment pas très contents. L’année suivante, je rempilais avec une batterie de 4 gamins de 15 ans. Au départ, il y avait pas mal de sceptiques face à mes choix. Néanmoins cette édition du Laetare 1978 fut pour moi un carnaval de rêve, où tous mes tambours furent présents jusque 5 heures du matin le mercredi. Même programme aussi pour la soumonce générale, deux semaines auparavant, où nous avons presté jusque 4 heures du matin alors que notre contrat du Carnaval de Leval démarrait à 6 heures, à peine deux heures plus tard, le temps de se ravitailler et de prendre une bonne douche...

LBE : Vous avez connu aux « Boute-en-Train » la transition qui a vu l’abandon du sarrau traditionnel bleu au profit du costume de fantaisie, à la soumonce générale ?

WP : Oui, ce fut le grand débat à l’époque. A chaque fois la décision était prise lors d’une assemblée générale avant la soumonce. Les votes étaient très serrés, presque 50/50. Cette situation a duré pendant des années, un véritable choc entre les traditionalistes et les partisans du déguisement. Actuellement, plus de 20 ans après l’adoption du déguisement, il existe encore un petit groupe de « Boute-en-Train » qui ne participent pas à la soumonce générale à cause de cette différence de sensibilité. A la longue, les réfractaires adopteront peut-être cette évolution.

LBE : A ce sujet, quel est votre avis ?

WP : Ca se discute. C’est un peu la même situation que celle du Brûlage des Bosses. Faut-il le faire en costume de Gille, ou en costume de fantaisie, comme les Gilles « Les Amis Réunis » le faisaient encore jusqu’il y a peu ? Pour moi, c’est la même chose. J’estime personnellement que c’est le mardi du Laetare que l’on doit se déguiser, et pas lors des soumonces. Elles doivent continuer à se dérouler en sarrau traditionnel. Le mardi c’est l’amusement, le carnaval est presque terminé, c’est là que toutes les sociétés devraient être déguisées. Je ne vois pas pour ma part la nécessité de devoir absolument brûler les bosses en Gille. A ce niveau, je rejoins le point de vue d’une société comme les « Amis Réunis », qui restent en sarrau à la soumonce générale et sortent costumés le mardi de Laetare. Je trouve qu’ils auraient même dû conserver leur Brûlage des Bosses en costume de fantaisie. Pour ma part, la tenue typique de soumonce à La Louvière, c’est le sarrau bleu. Enfin, je vous livre mon point de vue, qui n’engage que moi.



Willy Poelart dans les « carrés » de Bois-du-Luc, lors de l’enregistrement de l’émission « Double 7 » avec le présentateur Bernard Perpète, vers 1995. (Photo WP)



LBE : En quelle année avez-vous quitté la direction de la batterie aux « Boute-en-Train » ?

WP : En 1989, j’ai été remercié, en fait sans une lettre ou un coup de téléphone. Je l’ai appris un peu par des on-dit, ce que je n’ai jamais compris. C’est Jean-Pierre André qui m’a succédé. Je suis ensuite parti jouer au Laetare au Carnaval d’Houdeng, pour revenir à La Louvière de 92 à 93 avec une société de fantaisie aujourd’hui disparue : « Les Bwâssanswafs », mais dont le noyau devait donner naissance aux « Bî-Contints » actuels, en 1995. On y retrouvait déjà la cheville ouvrière de cette dernière société : Lorenzo Palmieri, en compagnie de Maria et Viviane, à la différence qu’à l’époque il y était encore plus entouré de dames qu’actuellement! (Rires) Je plaisante, mais le groupe des « Bwâssanswafs » n’était alors pas assez nombreux, puis Lorenzo s’y est mis vraiment et ça a donné naissance à la société de fantaisie « Les Bî-Contints », un groupe qui approche 140 participants actuellement. Par ailleurs, je concède que je conserve une certaine fierté que d’avoir fêté le centenaire des « Boute-en-Train » en en étant le chef de batterie. C’était en 1986 au Théâtre Communal, où j’ai effectué des démonstrations d’apprentissage de tambour. Nous avons joué du matin au soir. Malgré mon éviction, je conserve de très bons contacts avec la plupart des membres de la société, les plus anciens surtout. Une grosse partie de la société vient toujours me saluer, ce qui me fait très chaud au cœur. Du reste, c’est moi qui ait lancé le chef de batterie actuel, Marc Foucart, ainsi que Patrice Navez, Jean-Marie Lamand, etc.

LBE : En un mot, vous éprouvez toujours beaucoup de sympathie pour les « Boute-en-Train » ?

WP : Indiscutablement. C’est en quelque sorte « ma » société, et celle dont j’ai dirigé la batterie pendant des années. Ces choses-là ne s’oublient pas. En outre, je n’en ai pas conservé de rancoeur, le carnaval reste une fête. En tant que tamboureurs, joueurs de caisse ou musiciens, nous avons chacun nos histoires et surtout nos coups de cœur pour l’une ou l’autre société dans tel ou tel carnaval. Regardez mon frère, Daniel, un tout jeune joueur de caisse dans les années 60 : il avait 14 ans quand il a commencé à jouer aux Gilles « Les Commerçants » de La Louvière. Très vite, il est devenu la coqueluche de Jules Desmarets, le président, et des autres membres du comité. Il était d’ailleurs directement dédommagé par le comité et non pas par son chef de batterie, ce qui reste assez exceptionnel. On tenait en fait absolument à ce qu’il joue, malgré le fait que la batterie était celle des « P’tits Côs », une batterie exclusivement binchoise. Je peux d’ailleurs vous dire qu’encore actuellement le cœur de Daniel penche toujours un peu plus pour les « Commerçants » que pour les « Boute-en-Train ». Il est venu jouer avec moi dans cette dernière société parce qu’il jouait avec sa famille et ses neveux, mais il est resté marqué par la sympathie et les liens d’amitié qu’il avait tissés aux « Commerçants ». Un vrai coup de cœur. C’est là qu’il s’est fait un nom en tant que joueur de caisse, avec Robert Walravens père. C’est ce dernier qui lui a appris le « métier ».

LBE : En résumé, la famille Poelart conserve de bons souvenirs, que ce soit du côté des « Boute-en-Train » ou des « Commerçants » ?

WP : Bien sûr ! On ne brise pas des amitiés pour des questions de contrat. Ca n’en vaut pas la peine. D’autant plus que je précise qu’aussi bien Daniel que moi avons toujours été excessivement bien reçus là où nous avons joué. Pourtant, une mésaventure telle que l’éviction d’une batterie ou d’une société fait partie du jeu et il faut pouvoir accepter et relativiser. J’en ai juste conservé un peu de tristesse : faire danser mes Gilles, c’est toute ma vie ! D’un autre côté, mon départ des « Boute-en-Train » m’a permis de relancer deux sociétés de fantaisie à La Louvière, lesquelles avaient complètement disparu. J’en profite également pour saluer tous ceux qui m’ont soutenu alors, et notamment le Docteur Edouard Lebacq et son épouse, des passionnés de folklore. Combien de fois ne me suis-je pas occupé de leurs fils qui étaient Gilles ! J’avais toujours un œil sur les deux gamins et Jeannine et moi sommes depuis devenus amis intimes avec toute la famille. A la rue de la Loi (NDLR : où habite Mr E. Lebacq), c’est la fête le dimanche de Laetare ! Chez les Lebacq, c’est la maison du Bon Dieu, du point de vue du folklore. Eux n’hésitent pas à concrétiser leur passion du carnaval, sans gloriole et sans s’en vanter. Quand on voit Edouard le lundi de Laetare, on ne dirait jamais qu’il a accueilli le moitié de La Louvière chez lui la veille ! Quel accueil, c’est merveilleux. Depuis 20 ans de façon immuable, je vais dîner chez eux le lundi du carnaval. Après le repas, ils me ramènent au Cortège, ce qui constitue un vrai changement d’ambiance après l’intronisation en matinée des compagnons de La Louve, où je joue également depuis une quinzaine d’années.

LBE : Vous avez eu l’occasion d’accompagner des déplacements de société à l’extérieur de La Louvière ?

WP : J’ai un très long parcours aussi dans ce domaine. J’ai effectué énormément de déplacements à l’étranger. En Italie, France, aux Etats-Unis, ... Ma force était qu’indifféremment, je pouvais à la fois jouer pour des Gilles et pour des sociétés de fantaisie. Daniel accompagnait souvent les Gilles « Les Merveilleux », présidés par André Dengis, il est même une année allé à Pittsburgh aux USA avec les Gilles de Marchienne. Moi je n’y suis pas allé d’emblée parce que j’avais une frousse bleue de l’avion ! (Rires) Par la suite, je me suis rattrapé, notamment avec ce fameux déplacement à Atlanta en juin 1988.



Une vue de l’ensemble de la délégation ayant participé au déplacement à Atlanta, USA, en juin 1988. La Sabena y commémorait le 10ème anniversaire de sa liaison avec Bruxelles. (Photo WP)



LBE : Il faut que vous nous racontiez ce déplacement des Gilles de La Louvière à Atlanta. Encore aujourd’hui on en entend parler de temps en temps !

WPE : Ce déplacement était organisé à l’invitation de la Sabena, pour célébrer le 10ème anniversaire de la liaison Zaventem-Atlanta via Boston. L’Amicale des sociétés de Gilles louviérois fut contactée pour organiser un contingent de Gilles, afin de représenter le folklore belge. Chaque société s’est vue invitée à fournir quelques Gilles afin de faire une représentation équitable. On retrouvait ainsi Jacques Borgniet des « Boute-en-Train », Jean Deltenre, du Service des Fêtes de la ville. Il y avait aussi des Gilles des « Amis Réunis », des « Vieux Gilles du Hocquet », ainsi que Serge Broché, l’ancien président des « Maugrétout ». Nous étions 21 au total, pour 3 ou 4 sociétés représentées. Une fois sur place nous avons été reçus au « Mariott Marquis Hotel » d’Atlanta, un des plus grands hôtels au monde en taille. Le président des Etats-Unis y descend chaque fois qu’il vient dans cette région. N’est-ce pas que vous m’imaginez bien en train de faire danser Ronald Reagan sur Rosemarie ou le « Pas de Charge » ? (Rires) Il y avait du beau monde dans l’avion : Jean-Charles De Keyzer, le patron de RTL-TVI ; un journaliste du Knack, un du Soir : René Haquin... Nous devions aussi rencontrer sur place Jacques De Baenst, consul général de Belgique à Atlanta ainsi qu’Andrew Young, le maire de cette ville. Le clou de ce déplacement était l’inauguration de 4 lions monumentaux commandés au sculpteur belge Olivier Strebelle par l’architecte américain du bâtiment, John Portman. Ces quatre lions, arrivés par bateau, devaient égayer la façade du « Mariott ». Philippe Dautez, à l’époque jeune journaliste de la Nouvelle Gazette, nous accompagnait également en tant que reporter et Gille. Il a tiré une grande quantité de clichés pour couvrir cet événement. Nous avons fait plusieurs sorties sur place avec les Gilles, dont une dans une galerie climatisée pour rejoindre l’Hôtel Hilton. Il régnait une chaleur moite, proche des 40°C mais c’était somptueux, féérique. Nous avons fait également des prestations dans des centres commerciaux immenses ainsi qu’au « Mariott ». Nous étions à chaque fois accompagnés par des traducteurs et des guides. Notre porteur de caisse était un Américain ! Au retour et avec l’autorisation du commandant de bord, les tamboureurs ont joué un air de Gilles dans la soute de l’avion, pour remercier le personnel. Ce fut un moment intense. Carlos van Raffelgem était à l’époque un des dirigeants de la compagnie Sabena, il nous reçut après coup dans ses bureaux pour nous féliciter. Il était enchanté de notre prestation ! Un de mes souvenirs mémorables est également la participation à la série télévisée française « Maguy », très célèbre dans les années 80. Ce fut un événement, l’équipe de production est venue tourner à Strépy-Bracquegnies. Il y eut une conférence de presse à la ville de La Louvière. Par chance, j’ai eu le bonheur d’être désigné pour diriger la musique qui devait participer à cette série, avec des Gilles.

LBE : Pouvez-vous nous parler de l’Ecole du Tambour de Baume et de votre participation à cette organisation ?

WP : Je vais vous surprendre mais je ne me considère pas comme son initiateur. C’est en fait Christian Rousseau, le père d’un de mes anciens élèves, Alcide, qui en est à l’origine. Mon frère, Daniel, en parlait également depuis longtemps, car il pensait que c’était également important d’avoir une école de tambour à La Louvière, et pas seulement qu’à Binche. Notre carnaval des Ecoles de Baume, le vendredi qui précède le Dimanche de Laetare, est également un événement très important. Nous animons le quartier pendant un après-midi, avec nos jeunes tamboureurs et les élèves des Ecoles de Baume, tous déguisés. Au début, c’étaient mes deux fils, Freddy et Dominique, et moi-même, qui étions les professeurs de tambour. Ensuite, c’est devenu rapidement difficile pour nous trois de nous retrouver systématiquement le samedi, suite aux obligations professionnelles. J’ai donc recruté certains de mes anciens élèves comme professeurs. Néanmoins, la pierre angulaire de l’Ecole du Tambour de Baume reste les familles Rousseau et Poelart. Nous avons eu directement un succès foudroyant, que je n’attendais pas ! Il y a déjà 6 ou 7 ans qu’elle existe. Nous avons été soutenus par l’Echevinat des Fêtes de la ville de La Louvière et par Jacques Vandermeiren, le président d’alors aux Ecoles de Baume. Ils nous ont gracieusement laissé les locaux à disposition. C’est une grande chance. Nous avons en permanence entre 50 et 60 élèves au tambour, ainsi que 14 élèves à la grosse caisse, ces derniers étant pris en main par Daniel. Curieusement, à l’approche du carnaval, le nombre des élèves croît sensiblement... Je me suis toujours demandé pourquoi ! (Rires) Les élèves pour la grosse caisse ont cours le mardi soir, puis ce sont les airs de Gilles pour lesquels nous sommes assistés de 3 clarinettes. En dernier lieu, les professeurs enseignent également les airs de fantaisie. La fondation de cette école a été un plus pour le Carnaval des enfants de Baume, car elle a permis d’en étoffer les batteries et d’en relever le niveau. Une batterie constituée des professeurs et de moi-même clôture chaque année ce cortège des enfants, même si la soirée se poursuit jusque 22h00 et plus dans la buvette des écoles. (Freddy, le fils de Willy, nous rejoint à cet instant.)



Les professeurs et les élèves de l’Ecole de Tambour de Baume. (Photo WP, 2000)



LBE : Avez-vous eu aussi l’occasion de jouer avec les Paysans de Baume ?

WP : Ah oui, c’est une très bonne question ! Quand les Paysans de Baume se sont fondés, Jean-Pierre Daloze, l’actuel Echevin des Fêtes, est venu me trouver au Carnaval de La Hestre, avec le chef des Ecoles de Baume. Ils me demandaient de fonder une batterie pour accompagner la société, mais je leur ai recommandé quelques-uns de mes élèves : les frères Mathieu, de Trivières, Jean-Claude Roulez, un binchois qui est toujours l’actuel chef de batterie. Néanmoins, la première année j’ai suivi le redémarrage de cette société de Paysans de très près, afin que tout se passe bien. Pourtant, m’occuper des « Boute-en-Train » et des Paysans en même temps constituait une charge trop lourde, aussi j’ai entièrement passé le flambeau à Jean-Claude par la suite. La subsistance des Paysans reste un véritable challenge, chaque année, à La Louvière. En tout cas, pour cette année (NDLR : 2002), il semble que leur participation soit assurée. Je m’en réjouis sincèrement, leur présence est nécessaire dans le folklore louviérois. Le regretté Fernand Liénaux, qui a été le premier à recréer dans les années 60 une société de Paysans à La Louvière, ne me contredirait certainement pas.

LBE : Actuellement, comment jugez-vous l’évolution du folklore du Gille et du carnaval, en général ? Il y a parfois deux sons de cloche : certains prétendent que le folklore se déglingue de plus en plus , d’autres au contraire affirment haut et fort que c’est un élément indispensable, une affirmation des racines et du patrimoine culturel de la Région du Centre...

WP : En fait, et c’est assez paradoxal, le folklore du Gille est commun mais aucun carnaval dans le Centre ne ressemble à un autre. Le folklore dépend aussi clairement de la bonne volonté politique du pouvoir en place dans l’une ou l’autre entité. Certains carnavals stagnent, d’autres se développent parce qu’ils sont soutenus activement et financièrement. Il n’y a pas de secrets, l’argent reste le nerf de la guerre. Le nombre de cafés, et donc de donateurs, est un élément essentiel. Si les donateurs se réduisent, les moyens suivent la même direction. Or, les frais de fonctionnement d’une société de Gilles augmentent sans cesse. En conclusion dans un tel schéma, il y a un moment où ça « coince », et où des groupes doivent mettre la clé sous le paillasson. Voilà, j’en suis persuadé, ce qui pousse certains groupes à cesser leurs activités. Je regrette parfois que le public reste de moins en moins tard, mais peut-être y a-t-il là un problème de sécurité. Dans certains carnavals, on perçoit vraiment une violence latente, plus l’heure avance. Je ne voudrais pas avoir l’air de mettre tout au noir, mais cette évolution est préoccupante, même si je crois qu’elle est générale dans notre société actuellement. Concrètement, on voit aussi de moins en moins de bandes joyeuses derrière les sociétés... Peut-être les jeunes jugent-ils désormais que c’est un amusement « ringard » que de suivre un groupe folklorique. C’est dommage. Certains Gilles portent une responsabilité dans le moindre intérêt du public. J’assiste parfois à des jets d’orange que je qualifie « d’assassins » de la part de Gilles inconscients, et ceci dans tous les carnavals. Il est urgent d’intégrer une fois pour toutes dans les mentalités que l’orange reste un présent et non pas un projectile permettant à certains Gilles d’exposer leur habilité au tir. Heureusement, de tels Gilles constituent une minorité, mais je ne sais trop vous dire à quel point je déteste leur état d’esprit. C’est inadmissible. J’ai aussi parfois l’impression que les carnavals d’antan étaient plus festifs, ou alors que le personnage du Gille est déconsidéré actuellement. Pour autant que je me souvienne, il était courant avant qu’une société entière soit reçue par l’avocat, le docteur ou le notaire du coin. J’assiste de moins en moins à de tels gestes, il me semble que de nos jours parfois le Gille inquiète, alors qu’il devrait rassurer. Surprenant. Les horaires sont de plus en plus stricts, rentabilité oblige, et par là, les groupes sont de plus en plus asservis aux établissements et aux patrons de café. En outre, quelques établissements ont une politique scandaleuse et en profitent pour ne plus soutenir les groupements folkloriques, en prétextant qu’ils ne les reçoivent pas dans leurs locaux. Néanmoins, ils sont ouverts et remplis à craquer les jours de soumonces et de carnaval. Peut-on trouver ça normal ? C’est grâce au folklore qu’ils font du bénéfice ces jours-là et ils ne font rien de concret pour le soutenir !



Petit moment de détente entre amis durant la répétition de batterie des « Bî-Contints », en février 2000.
Willy Poelart, Marie-Claire Lebacq, Daniel Poelart et le Docteur Edouard Lebacq. (Photo WP)



LBE : Comment expliquez-vous que tant d’artistes dans notre région, qu’ils soient poètes, peintres ou sculpteurs, puisent leur inspiration dans le Gille et le carnaval en général?

WP : Le folklore est universel et va à la rencontre de tout le monde. En fait, toute une ville, tout un village est impliqué(e) derrière son carnaval. Ce que le public en fait, ça c’est une autre affaire, mais une telle débauche d’efforts pour ce qui reste finalement une grande fête populaire, ne laisse pas les artistes indifférents, car ils sont les interprètes de la réalité. Regardez les oeuvres de Daniel Pelletti, les poèmes patoisants de Christian Quinet ou ceux de David André, et pardon pour tous ceux que j’oublie. Avant eux, souvenez-vous du D’Jobri, de Fernand Liénaux et de tous ces poètes en herbe qui fleurissaient dans chaque société de Gilles. Il ne se passait pas un anniversaire de participation pour un Gille ou un jubilé sociétaire, sans qu’un membre du groupe ne prenne sa plume ou son pinceau pour confectionner une bafouille ou un tableau. Que reste-t-il de tout cela actuellement ? Bien peu de choses, selon moi. Pourtant, de tels gestes font vivre un groupe et l’animent, concrètement. Voilà en quoi les artistes se nourrissent du folklore et pourquoi ils lui sont tellement indispensables.

LBE : Il existe certaines tendances, dans à peu près tous les carnavals, qui visent à enfermer le Gille dans un carcan, sous le poids des conventions et des interdits. Qu’en pensez-vous ?

WP : Je ne suis pas d’accord avec cette vision du folklore, on ne peut pas aseptiser le Gille sous le poids des conventions. C’est omettre un peu rapidement d’où il vient et quelles sont ses origines au 19ème siècle. Le Gille a toujours été l’amusement du peuple. Il doit le rester, pourtant en aucun cas on ne peut le dénaturer par de la grossièreté ou trop de légèreté. Ce qui est vivant, doit évoluer et ne peut stagner, et notre folklore du Gille est vivant. Si vous en voulez la preuve, sortez chaque année dans le Centre entre février et avril et ouvrez vos yeux et vos oreilles... L’amusement reste le fondement, et même s’il faut une discipline pour le guider, ça ne doit jamais être un carcan. Contrairement à ce que j’ai parfois entendu, je ne crois pas au Gille qui ne boit que de l’eau minérale pendant son carnaval, pour toujours rester d’une lucidité extraordinaire. Soyons honnêtes : le Gille boit du champagne en quantité, et d’autres boissons alcoolisées. Voilà pour l’aspect amusement. La discipline commence là où lui décide de s’arrêter afin de ne pas gâcher la fête et la vue des spectateurs par son ébriété ! Parfois, je regrette à l’inverse certaines règles tacites qui n’existent plus de nos jours. Avant la guerre, les tamboureurs jouaient tous de façon systématique en chemise blanche, avec cravate et chapeau. Pourtant, c’étaient tous des ouvriers, profondément « manuels ». Si je sais que les jeunes de notre époque vivent autrement, je ne me ferai malgré tout jamais à une ligne de fond où il n’y a plus que des ados avec des casquettes retournées et des vestons bariolés de couleurs vives et d’inscriptions en anglais... Pour ma part, je joue toujours en chemise et cravate, c’est un principe, une question de respect et je n’y dérogerai jamais. Et je sais que ceux qui dansent devant moi apprécient.

LBE : Comment en êtes-vous venu au théâtre patoisant et à cette émission dont beaucoup se souviennent encore de nos jours : « Berdelâdges », sur la chaîne de télévision Antenne Centre ? (Willy Poelart y interprétait le rôle du jovial « Fons ».)

WP : C’est grâce à Edmond Taquet, avec lequel je jouais au cercle « Excelsior ». Pourtant, j’avais tout d’abord quitté ce cercle car je travaillais à l’époque à l’Office des Pensions de la S.N.C.B. à Bruxelles, et ce travail me prenait trop de temps. Edmond fut bien évidemment très déçu. Par après, Antenne Centre lui a proposé de s’occuper d’une émission patoisante. Au départ, le projet restait tout de même un peu vague, on était très loin du succès que l’émission devait remporter. Un lundi de marché à La Louvière, nous nous rencontrons et il me dévoile autour d’un verre ce projet. Dévoiler est en fait un grand mot, car il m’a dit le plus simplement du monde : « J’ai besoin de toi. » Je me suis d’abord fait tirer l’oreille parce que je ne voulais pas, mais Edmond insiste : « Compèrdè, Willy, va y avoir un personnage, Fons, èyè, du n’pu vous dire qu’èn sakè, c’est qu’c’est vous ! C’est vous qu’y m’faut ! ». (« Comprenez, Willy, il va y avoir un personnage, Fons, et je ne peux vous dire qu’une chose, c’est que c’est vous ! C’est vous qu’il me faut ! ») Un peu flatté, j’ai finalement cédé et je me suis engagé dans cette pièce. Le lundi d’après, je l’ai encore un peu taquiné mais c’était finalement pour accepter sa proposition. Nous avons commencé en 1996, et ce durant 5 saisons. Malheureusement, Edmond a été victime d’ennuis de santé et nous avons dû suspendre l’émission. Ca reste un souvenir extraordinaire. L’ambiance du plateau, les sourires, les amitiés. La cadence était prenante, c’était une entreprise à part entière : il fallait sortir sans cesse de nouveaux épisodes, Jacqueline Boitte réalisait les scénarios qu’il fallait relire, etc ; mais que de bons moments en retour. L’avenir dira si un tel projet devait revoir le jour. C’est à souhaiter.



L’équipe de l’émission « Berdelâdges », le théâtre patoisant de la télévision régionale, « Antenne Centre ». Willy Poelart est debout, 3ème à partir de la droite. (Photo WP)



LBE : Avez-vous une anecdote mémorable à raconter au sujet de l’émission, un bon souvenir ?

WP : J’ai une fois eu un fou rire extraordinaire. Le cameraman a continué à filmer et ils ont passé ça sur antenne dans le bêtisier de fin d’année. En fait, Edmond Taquet s’était trompé dans un réplique, il essayait de se reprendre mais bégayait de plus en plus. Le pauvre avait l’air complètement abasourdi... Imaginez la scène : chaque fois que je relevais la tête, je tombais sur ce visage déconfit qui me faisait tellement rire. Inutile de vous dire que ça a duré de longues minutes. Mais la production a continué à filmer et c’est moi qui me suis retrouvé tout étonné lorsque je me suis vu dans le bêtisier en décembre ! Pour tout vous dire, j’ai même failli faire tomber tout le décor lors d’un enregistrement : j’avais refermé une porte un peu trop violemment et ça a déséquilibré toute la structure ! (Rires) L’émission a eu un gros succès, elle était prévue initialement pour 90 épisodes et nous en avons mis plus de 250 en boîte. La production de « Qué dalâdge », la comédie qui prit la succession, ne remporta malheureusement pas le même succès.

LBE : En conclusion, si vous deviez vous définir en quelques mots, quels termes utiliseriez-vous ? Vous considérez-vous comme un tamboureur-comédien, un folkloriste, un homme de théâtre qui joue du tambour ?

WP : Je suis avant tout un homme de folklore, et j’inclus le théâtre dans le terme « folklore », même si ce n’est sans aucun doute pas tout à fait le même patrimoine. Je reste aussi un homme de ma région, car en jouant du tambour, j’ai porté aux quatre coins de l’Europe ce qu’elle a de plus beau : ses carnavals. J’ai aussi eu l’occasion de côtoyer en toute modestie des grands, des gens du showbiz, des ministres : le français Pierre Mauroy, Hervé Hasquin, Charles-Ferdinand Nothomb, Daniel Ducarme, François-Xavier de Donnéa, Philippe Busquin, Willy Claes, dont vous connaissez l’amour pour la musique. Mon tambour m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes et de vivre des expériences enrichissantes. A Paris lors d’un gala, j’ai même dansé une valse avec Rika Zaraï, je vous en donne ma parole ! (Rires)

LBE : Madame, Monsieur Poelart, nous vous remercions pour ce bon moment que nous avons passé en votre compagnie et nous vous souhaitons une excellente continuation. A bientôt !

Pour information, le Carnaval des Ecoles de Baume aura lieu cette année le vendredi 28 mars 2003, dès 13h00, aux Ecoles Communale de Baume, rue de Baume à 7100 La Louvière.

Contactez Willy Poelart : willy.poelart@laetare.be

Voir la Galerie de photos



Retour

Contact: webmaster@laetare.be

© 2000-2005 Comité du Retour aux Sources, La Louvière. Toute reproduction ou distribution, dans n'importe quelle forme ou par n'importe quel moyen, des informations contenues dans ces pages est strictement interdite sans permission écrite préalable du gestionnaire du site.